« Une entreprise de préservatifs qui encule à sec | Page d'accueil | Le griot blanc d'un dictateur africain fait dans l'argumentation ad hominem »
23/12/2005
Conte de Noël
Imani
C’est les vacances de noël. Le collège a déjà envoyé les bulletins du premier trimestre. Le sien n’est pas excellent, mais Imani sait bien qu’elle fait le maximum pour réussir sa sixième. Ses parents sont bien conscients de la somme d’efforts qu’elle est obligée de faire.
Il y a huit ans déjà que son père est installé en France. Un nouvel hiver à affronter s’annonce pour cet Africain parti de son pays au climat chaud, chassé par la misère développée par les trop longues années de pouvoir d’un dictateur cupide. Il est venu d’un pays en voie de développement de la misère où, même avec son diplôme d’ingénieur en génie climatique, le seul métier pour survivre reste le petit commerce de primeurs ou de cigarettes. Pour Imani et sa mère, Ghanima, les choses ont pris plus de temps. De tracasserie administrative en tracasserie humiliante, elles sont arrivées sur cette terre d’accueil par le regroupement familial. C’est à six ans qu’Imani a foulé pour la première fois le sol des Français.
C’était dur pour elle d’intégrer le CP alors qu’elle ne parlait que le dialecte de la région de ses grands-parents. La vie en France était si différente de celle de ce petit village de la province de la Bouenza. Cela avait été très difficile de ne pas perdre pied. Mais elle avait toujours trouvé un sacré soutien auprès de ses parents pour finalement acquérir cette nouvelle langue et en déchiffrer l’écriture.
Son père avait maintenant un travail plus en rapport avec ses diplômes. Pour lui aussi cela avait été difficile de trouver un poste. Victime à plusieurs reprises de « Discrimination à l’embauche » comme ils disent à la télévision. Il travaille maintenant sur des chantiers souvent éloignés de sa petite famille. Cela lui permet de la faire vivre et de consacrer la moitié de son salaire pour soutenir ses parents restés au pays. La notion de parents n’étant pas la même que celle des européens, les subsides qu’il envoie par Western Union font vivre une bonne trentaine d’hommes, femmes et enfants.
Pour Imani, tout cela était bien normal même si cela l’oblige à ne pas demander trop au moment de noël. Parfois, elle aimerait bien avoir les cadeaux de ses copines de classe. Mais, comme lui répètent souvent ses parents, l’argent de tels présents est beaucoup plus utile là-bas qu’ici.
De toute façon, c’est les vacances.
Luc
La mission d’intérim touche à sa fin. Luc, a passé un mois dans cet entrepôt sous lumière artificielle à préparer des commandes pour les fêtes de noël des clients de cette entreprise de VPC.
Encore une mission où son allergie à la ponctualité a bien été remarquée. Il n’a pas été viré compte tenu de la difficulté de trouver de la main d’œuvre à cette époque de l’année. Ce n’est pourtant pas l’envie qui a manqué au chef d’équipe préparation.
Luc est né dans une famille bourgeoise. Il n’a manqué de rien pendant son enfance. Peut-être a-t-il été trop gâté ? Son début d’adolescence a été très chaotique. Une scolarité décevante et la découverte précoce des produits stupéfiants l’ont conduit à plusieurs reprises chez le juge pour enfants.
Le placement en foyer a finalement été une bonne chose pour ce fugueur récidiviste. Vivre avec ces parents qui ne supportaient pas un enfant qui ne ferait pas polytechnique était au-delà de ses forces. Cette structure d’accueil apparaissant comme le paradis par rapport à l’enfer du pavillon parental.
Des destins qui se croisent
C’est les vacances pour Imani. Malgré tout, ce matin on se lève tôt. Elle va avec sa mère renouveler la carte de séjour. Elles s’y rendent tôt le matin pour faire la queue dans le froid de décembre devant la sous-préfecture. Imani s’interroge sur ces longues files d’attente qui sont bien inhumaines durant l’hiver. Et pourtant, ce n’est rien par rapport à la zone de Parcage de Roissy où elle avait séjourné avec sa mère à leur arrivée en France à cause d'un tampon illisible du consul de France de Brazzaville sur le visa.
La France, patrie des droits de l’homme ? Pour qui a connu, la zone d’attente de Roissy, c’est impossible à croire.
Luc et Eddy reviennent de leur virée nocturne qui marquait la fin de la mission d’intérim. Ils ont beaucoup abusé sur l’alcool. Luc s’est même laissé tenter par quelques cachets. Un véhicule de pompier est arrêté, moteur en marche devant un petit immeuble du centre ville. Eddy lance le pari idiot. Luc prend le volant et embraye.
150 mètres plus loin, le véhicule achève rapidement sa course dans le mur de la sous-préfecture après avoir fendu la file d’attente où Imani pensait aux cadeaux de noël qu’elle avait prévus pour ses parents adorés. Ghanima, ne comprend toujours pas pourquoi un véhicule servant à porter secours a écrasé sa fille unique sur le mur de cette horrible bâtisse.
C’est noël aujourd’hui
L’odeur est toujours présente. Ghamina se revoie aspirant de tout son être toute les subtilités des senteurs de cette rose rouge. Chaque cellule de son corps est imprégnée. Marquées au fer rouge de la trace de cette fleur qu’elle a jetée dans la tombe de sa fille de onze ans.
Mais aujourd'hui, c’est noël.
Petite nouvelle dédiée à Lola Collignon et sa famille00:00 Publié dans Humeurs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
Qui est responsable, qui est coupable ? A quel degré ? Combien de personnes vont prendre, ce soir, leur voiture après un repas bien arrosé ? Combien de morts cela va t'il engendrer ? Parmi ces conducteurs, combien vont regretter ? Combien vont se trouver des excuses ? Combien vont oublier ? Combien vont recommencer ?
On aimerait bien qu'aucune souffrance n'arrive le jour de Noël. Mais c'est un jour comme un autre.
Ecrit par : Salomé | 24/12/2005
Salomé > Le plus dûr à accepter dans un tel fait divers, pour nous observateurs, c'est l'impossibilité de faire que cela ne se reproduise pas.
Ecrit par : bee_human | 29/12/2005
Oui, tu as raison. Mais on peut quand même essayer d'éduquer, de répéter, de seriner pour que le moins de monde possible conduise un véhicule en étant shooté, que ce soit à l'alcool, au canabis ou aux médicaments : Volant + drogue = danger mortel.
Ecrit par : Salomé | 29/12/2005
Salomé, pas plus que alcool + piéton en fait.
Sinon, je trouve ce texte superbe...
Ecrit par : matthieu | 30/12/2005
Matthieu > Venant de toi, je suis flatté.
Ecrit par : bee_human | 30/12/2005
Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.




