« Le griot blanc d'un dictateur africain fait dans l'argumentation ad hominem | Page d'accueil | Le griot blanc du dictateur en remet une couche »
30/12/2005
Mais que penser de "The Constant Gardener" ?
En fin d'année, il y a traditionnellement plusieurs films à voir. La période des fêtes étant propice à la sortie des longs métrages pour enfants. J'ai attaqué avec "Harry Potter et la coupe de feu" dans lequel je trouve l'histoire peu consistante.
Cette semaine, j'ai emmené ma fille voir "Le Monde de Narnia". Il y a effectivement de bons effets spéciaux. Les responsables du casting ont été très bons dans le choix des 4 enfants qui donnent vraiment l'impression d'être frères et soeurs. Par contre l'histoire est comme pour Harry Potter, très basique. Malgré cela, je vais tout de même lire la saga de Clive Staple Lewis pour voir si l'écrivain avait plus développé la trahison d'un frère envers son frère et ses deux soeurs. Si l'aspect psychologique est bien traité, cela doit valoir le détour. Je veux également voir si l'hôte des enfants, le professeur, est un peu plus consistant dans le livre que dans le film.
Aprés ces incontournables de décembre, il va sans dire que j'attendais avec impatience de pouvoir assister à la projection de deux films que j'avais repérés: "The Constant Gardener" (La constance du jardinier) et "Lord of War". J'irai voir le second en janvier pour voir comment est traité cette plaie qu'est l'industrie militaire des pays riches. Pour le premier, j'y suis allé hier.
C'est un film de Fernando Meirelles qui avait commis la guerre des gangs version favellas: "La Cité de Dieu". Cette fois-ci le lieu de l'intrigue est essentiellement l'Afrique de l'Est (Kenya et Soudan) même si le film nous entraîne également à Londres et en Allemagne. Ce film m'attirait car la publicité faite autour insistait sur l'aspect de dénonciation de l'industrie pharmaceutique vis à vis des pays en voie de développement. Le scénario du film est tiré d'un roman de John Le Carré.
Au final, je suis vraiment déçu du film. Il faudra peut-être que j'y retourne pour en saisir toutes les subtilités.
Peut-être en attendais-je trop, mais je n'ai jamais été happé par son rythme. Je ne sais pas comment est le livre mais le film me semble s'éparpiller dans tous les sens. Le réalisateur veut décrire cette histoire d'amour post-mortem entre 2 êtres pas nécessairement faits l'un pour l'autre, Justin Quayle (Ralph Fiennes) et Tessa Quayle (Rachel Weisz). Mais le film insiste trop sur l'aspect jalousie et perte de confiance du diplomate envers son épouse. Cette histoire sentimentale est trop caricaturale pour avoir un semblant de crédibilité. Pour donner un décor à cette histoire, on la déroule en Afrique sur fond d'utilisation par l'industrie pharmaceutique de vies qui ne coûtent rien.
Malheureusement même le décor fait flop. Il y a effectivement parfois de belles images d'oiseaux migrateurs, de la voie ferrée de Nairobi au milieu des bidonvilles ou du lac Turkana. Mais ces images apparaissent trop souvent comme pour meubler un documentaire. On ne peut pas reprocher au réalisateur de ne pas vouloir dénoncer des choses inacceptables. Mais à vouloir dénoncer trop de choses, on ne dénonce plus rien. On a prévu des piques contre les régimes africains corrompus, l'action ambigue des Nations Unies, les laboratoires pharmaceutiques, le SIDA et les cobayes humains. Il y a beaucoup de nobles causes derrière tout cela mais c'est sans doute trop pour un seul film qui à la base doit également faire la part belle à une histoire d'amour.
C'est dommage, car c'était en théorie un bon vecteur de communication pour dénoncer les laboratoires pharmaceutiques. Mais même sur cet aspect, le film est beaucoup trop "Thriller Fiction" ce qui l'empêche d'éveiller les esprits sur l'exploitation des africains et de leurs ressources. C'est à peu près comme si on comptait sur Mission Impossible ou les James Bond pour dénoncer les régimes corrompus et les rapports de force initialisés par les lobbies internationaux.
Petit complément ajouté le 31/12/2005: j'ai trouvé cette citation dans une critique du site Arte. Dans le générique de fin, on peut lire une citation de l'auteur John le Carré qui accompagne les spectateurs vers la sortie: "Rien dans cette histoire, ni les personnages, ni les événements ou encore une quelconque institution ne se réfère, Dieu soit loué, à une personne ou un événement réel. Mais, je peux vous assurer la chose suivante: Quand j'ai poursuivi mon voyage à travers la jungle pharmaceutique, il m'est apparu que -comparée à la réalité- mon histoire est aussi inoffensive qu'une carte postale de vacances." En fait c'est exactement le reproche essentiel que je veux faire sur le film.
On aura du mal à utiliser ce film pour faire du marketing viral pour de nobles causes. Mais en attendant la sortie de "Lord Of War", voici quelques liens pour en savoir plus sur les laboratoires pharmaceutiques (certains liens donnent également des informations sur le scandale des armes):
Industrie pharmaceutique: charité bien ordonnée...
Des critiques du film plus ou moins pertinentes: Critikat, fluctuat (très soft et amusante sur l'aspect publicité pour les ONG) et Arte (avec Kenya écrit comme Tenia)
18:30 Publié dans Humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.




