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12/03/2006
Une époque formidable
Institutions Internationales, milliardaires, Corsafrique et notion de démocratie
L’actualité récente nous donne un condensé de la façon stupéfiante dont est régi notre monde. Le magazine Forbes vient de publier son classement annuel des milliardaires. Très bonne nouvelle pour l’humanité, le club s’est élargi avec l’arrivée de 102 nouveaux membres. Je ne résiste pas au plaisir de citer ce double extrait du site fraternet.com : «Tout ce qu'il faut pour faire rêver des millions de "petits et moyens salaires" à une autre vie et les rendre encore plus dépendants d'un système où la compétitivité reste le maître mot... »
[…]
« Décidément, beaucoup trop d'êtres humains restent persuadés que l'argent contribue largement au bonheur et comptent bien consacrer leur existence à la quête angoissante de la réussite, quitte à tout balayer sur leur passage. Bien sûr, aucun d'entre eux n'atteindra jamais le niveau de richesse d'un Bill Gates, mais certains seront tout de même parvenus à gâcher leur vie et celle de leur entourage, du fait de leur addiction à l'argent. Présenter ainsi, au monde entier, les plus grands des toxicomanes comme des modèles à suivre les yeux fermés, voilà qui traduit bien l'aberration de notre civilisation pour laquelle la réussite se réduit à un jeu solitaire où les cartes sont biseautées. »
Hélas pour beaucoup, il n’est même pas indécent de publier ce classement alors que la moitié de la population mondiale vit avec moins de 2 euros par jour et que la fortune des 200 personnes les plus riches du monde augmente de 25 euros par seconde.
On peut se consoler en se disant que s’enrichir en balayant tout sur son passage est aussi un très bon moyen pour finir sa vie avec quelles balles de moyen ou de gros calibre dans le crâne. C’est ce qui vient d’arriver à Robert Feliciaggi qui était lui-même un concentré de ce que la terre peut engendrer comme profiteur. Cet élu Corse avait un très gros potentiel pour le mélange des genres. On peut en avoir une petite idée dans cette citation du Monde : « Intime de Charles Pasqua, avec lequel il avait créé le mouvement Rassemblement pour la France, Robert Feliciaggi était surtout le pivot de la "Corsafrique", un réseau d'insulaires - la plupart originaires du sud de la Corse - ayant fait fortune dans les anciennes colonies d'Afrique de l'Ouest, principalement dans le domaine du pétrole, de l'import-export et des jeux. » Appât du gain, quand tu nous tiens ! Pour plus de détail, on peut également se reporter à la note du réseau voltaire : « Le clan Feliciaggi, la Corse et l’Afrique ». L’Afrique a vu de nombreux profiteurs venir de France ou d’ailleurs. Certains de ses enfants sont aussi ancrés dans un égoïsme sans foi ni loi. D'un côté, ils accusent médiatiquement le Nord de les délaisser. D'un autre, ils maintiennent les populations de leur propre pays dans une misère orchestrée en profitant de la culture ancestrale Africaine (le texte de Kovalin Tchibinda est une excellente analyse à ce propos).
On peut dire par exemple qu'Antoinette Sassou Nguesso aime beaucoup les parrains mafieux. Elle siégeait au conseil d’administration de la Cogelo, la loterie Congolaise mise en place par feu le Corse du sud. Son mari est le parrain de la mafia Brazzavilloise qui bénéficie de l’aveuglement coupable et douteux des institutions internationales. De nos jours le plus sûr moyen de s’enrichir est sans doute d’être le Président d’un pays Africain très endetté qui produit du pétrole. Le FMI et la Banque Mondiale ont maintenant accordé le point de décision à la République du Congo. Heureusement qu'il y a la déclaration en accompagnement de cette décision! Malgré le langage diplomatique, on comprend aisément que la République du Congo ne la doit pas à ses avancées dans le domaine de la démocratie ou du développement économique. Il doit enfin être apparu clair aux institutions de Bretton Woods que même l’équipe la plus compétente au monde n'aurait pu sortir le pays du marasme dans lequel les gouvernements successifs l’avait mis. Le communiqué de la Banque Mondiale n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuillère : « Le Gouvernement de la République du Congo commencera à bénéficier d’un allégement intérimaire de sa dette envers certains créanciers, mais devra apaiser les graves préoccupations suscitées par sa gouvernance et le manque de transparence financière pour pouvoir être admissible à bénéficier d’un allégement irrévocable de sa dette au point d’achèvement. Les réformes que la République du Congo s’est engagée à poursuivre visent, notamment, à porter les contrôles internes et le système de comptabilité de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) à des normes reconnues au plan international ; à prévenir les conflits d’intérêts au niveau de la commercialisation du pétrole ; à exiger des responsables de la SNPC déclarent et cèdent les intérêts qu’ils peuvent détenir dans toute entreprise ayant des relations d’affaires avec la SNPC; et à mettre à exécution un plan d’action pour lutter contre la corruption avec l’appui de la communauté internationale, sous la supervision de l’IDA et du FMI. ». Ce texte montre bien qu'il ne faut pas écouter les attachés de presse des autorités Congolaises. Pendant que le parlement PCT et l’opposition alimentaire suivaient les désinformateurs habituels à la solde de Sassou pour critiquer les ONG comme Global Witness, les avertis ont très bien compris que malgré une éthique discutable, les fonds vautours avaient rendu un très grand service au peuple Congolais en emmenant en justice les conseillers dorés du dictateur tropical. Ce sont ces procès qui ont généré un premier réveil des hauts fonctionnaires internationaux. La déclaration de Pedro Alba est pleine de sous-entendus qui montrent cela : «L’allégement de la dette a pour objet de libérer des ressources qui pourront alors être utilisées pour améliorer la condition des pauvres. Il sera toutefois nécessaire d’améliorer durablement la gouvernance pour éviter que ces ressources ne soient détournées par des groupes d’intérêts et pour les consacrer réellement et efficacement à l’amélioration de la prestation des services d’éducation, de santé et autres catégories de services essentiels ».
Ces institutions sont malheureusement encore à la merci de l’incompétence de certains de leurs membres. Agustin Carstens est-il un stagiaire ou le jardinier du FMI ? Est-ce un consultant qui ne se relit pas ? Comment peut-on trouver dans l’annexe du communiqué une phrase comme celle-ci: “Fiscal performance has been somewhat below expectations, mainly due to the governments' efforts to protect oil revenues from litigating creditors, which delayed the transfer of some oil revenues to the public treasury” qui contredit les avertissements de la déclaration elle-même ?
Pour éclairer sur le degré de perte de crédibilité qu’une telle affirmation fait peser sur les fonctionnaires internationaux, voici 2 points à comprendre:
1. Le FMI a tous les éléments en main pour déduire que la version d’Isidore Mvouba sur les sociétés écrans de Denis Ngokana est un énorme mensonge. L’utilisation de ces sociétés a débuté en janvier 2003 quand les mesures plus contraignantes du FMI sont entrées en vigueur. Ce n’est qu’en 2005, que le premier fond vautour a engagé des poursuites auprès des tribunaux internationaux pour saisir des cargaisons de pétroles en paiement des créances qu’il avait acheté à bas prix. Alors, de 2003 à 2005 puisque les fonds vautours n’étaient pas concernés, aux yeux de qui devait-on cacher les revenus du pétrole ? Du FMI ? Du peuple Congolais ? Ou bien des deux ?
2. Ensuite, si on admet, malgré toutes les preuves qui montrent le contraire, que le gouvernement Congolais a vraiment masqué l’argent pour éviter les fonds vautours. Monsieur Carstens peut-il diffuser aux journaux Congolais la preuve que l’argent est bien maintenant dans les caisses du Trésor Public Congolais ? Ne vont-ils pas maintenant nous dire que l’argent n’est pas dans les caisses car en faisant un transfert, les fonds vautours risquaient de le faire saisir ? C’est sans fin et c’est bien pratique pour laisser cet argent en dehors du budget de l’Etat.
La déclaration de la Banque Mondiale s'attache aux aspects économiques. L'annexe de l'inénarrable Agustin Carstens est cependant très étonnante sur l'aspect démocratie: "In addition, the government has taken important steps to consolidate further the peace process and to put in place the democratic institutions required by the 2002 constitution". A chaque fois qu’il y a une élection dans un pays Africain, les observateurs étrangers déclarent pratiquement toujours que le scrutin s’est déroulé de manière transparente et équitable. Généralement, ce n’est pas ce qui se dit dans le pays concerné. Nous avons encore un exemple intéressant avec les élections législatives de 2002 au Congo. Un candidat a récemment raconté le grand esprit démocratique du Président Sassou Nguesso. La constitution Congolaise est comme la Togolaise, utilisable ou non. Selon la constitution, seuls les candidats arrivés 1er et second au premier tour pouvaient se présenter au second tour. Entre les 2 tours après la débâcle du parti du Président, on a permis à des personnes qui étaient 3ème, quatrième voire même cinquième de se présenter au second tour. On a accompagné cela d’une vigilance particulière en espèces sonnantes et trébuchantes pour permettre à ces éliminés de se refaire au second tour. Cela a permis de remplir l'assemblée nationale Congolaise de ces "frico-élus" qui n'auraient jamais dûs être au second tour. On pourra noter avec le lien que ces élus ne connaissent pas la démocratie mais ont aussi du mal avec le fair play. Ce qui fait réagir les témoins des tricheries des pseudo-élus nourris par l'argent du pétrole soustrait au peuple. Voici donc la démocratie construite par celui qui a été nommé par ses autres amis dictateurs à la tête de l’Union Africaine.
Etre proche du pouvoir en République du Congo ne permet pas de s’enrichir de 25 euros par seconde au grand regret sans doute des intéressés. Par contre cette proximité clanique facilite la construction d’habitations qui dénotent dans un pays pauvre très endetté.

Avec l'allègement de la dette par la Banque Mondiale et le FMI payée en grande partie par les contribuables français, dans combien de temps verra-t-on un membre du clan Sassou-Bongo intégrer le classement de Forbes ?
A moins qu'il n'y soit déjà avec l'argent caché aux fonds vautours dont on ne nous a toujours pas montré qu'il avait intégré le Trésor Public Congolais.
16:25 Publié dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
dis franchement tu passera donc la plupart de ton temps là dessus à critiquer la politique de ton pays ,et si un jour tu venais à proposé,
Ecrit par : judhy | 13/03/2006
Il y a tellement de choses à dire à la lecture de ton article !!!
Je voudrais revenir sur un truc, parce que j'ai une question quand même: quand tu parles des élections qui, selon les observateurs, se passent de mieux en mieux... Qui sont les observateurs en fait ? Parce qu'il me semble qu'ils appartiennent aux Nations Unies, mais qui sont-ils plus précisément ? Et pourquoi acquiesser un scrutin alors que celui-ci est blindé de fraudes ?
Ecrit par : matthieu | 13/03/2006
Mais ça peut être des parlementaires, qui sont reçu par les autorités et tout ? Mais c'est n'importe quoi !
Ecrit par : matthieu | 14/03/2006
Matthieu > Oui, c'est souvent n'importe quoi.
Ecrit par : bee_human | 15/03/2006
Robert Feliciaggi arrive devant Saint Pierre... "Robert, veux-tu être à lagauche ou à la droite du Saint-Père ?...
- " Non je veux être au Milieu"...
judith ; Proposes moi un leader ?... J'étais hier soir avec Gabriel Bokilo... J'étais avant hier avec Lefouba... je vois Milongo... Je suis chaque jour avec les "gens du pouvoir"... Je vois celui qui veut traduire en haute cour de justice le Pst... je regarde un de ces gamins ou une de ces gamines aujourd'hui pauvres... sans pouvoir voir une expérience chimique, ou la matérialisation de l'énergie cinétique sur une table soufflante... Mais l'un d'eux sera un véritable Président pour ce pays... je fais ce rêve pour mes deux filles... que je vais envoyer étudier en France pour leur éviter de faire des fellations à 5 000 FCFA ( enfin j'espère qu'elles pourront le faire par plaisir et non par nécessité...)
Ecrit par : bruno | 16/03/2006
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