12/08/2007
Discours de Sarkozy à Dakar
Sarkozy a été récemment sur le continent africain pour réitérer l'appui de la France aux dictateurs habituels de la mafiafrique françafricaine et même faire passer le dictateur Libyen Kadhafi pour un gentil boy scout. C'est vrai que c'est l'époque puique l'on fête cette année les cent ans du scoutisme imaginé par cet ancien militaire, Baden Powell.
Notre Président a fait un discours à l'Université de Dakar. L'allocution a été écrite par un conseiller qui en était très fier. L'accueil à Dakar a été poli, les réactions des élites intellectuelles africaines sont plutôt très critiques par rapport à cette intervention. Quand on lit le discours, on ne peut que les comprendre.
Voici quelques extraits commentés de ma part:
"J'aime l'Afrique, je respecte et j'aime les Africains".
Attachés sur le siège d'un avion d'Air France qui les ramène vers leurs pays d'origine ?
"Je veux, ce soir, m'adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n'ont pas la même langue, qui n'ont pas la même religion, qui n'ont pas les mêmes coutumes, qui n'ont pas la même culture, qui n'ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l'Afrique."
Je trouve ce paragraphe d'une profonde bêtise mais cela doit être mon manque d'intelligence...
"Je ne suis pas venu, jeunes d'Afrique, pour m'apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d'abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?"
Faux, archi-faux !! S'il est vrai que la jeunesse africaine n'a que faire de la pitié de Sarkozy, la jeunesse de l'Afrique francophone souhaite réellement avoir son sort entre ses mains avec l'éradication pure et simple de tous les réseaux mafieux de la françafrique.
"La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution."
La colonisation n'est pas responsable des dictateurs. Il faut donc chercher ailleurs. Peut-être dans la politique néocolonialisme de la France engagée à la demande du général de Gaulle par Foccart et toujours poursuivie par tous les gouvernements de droite ou de gauche qui se sont succédés à la tête de la France.
"La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur."
Mea Culpa qui ne convainc personne. La destinée commune qui est de piller les ressources naturelles de l'Afrique et la matière grise du continent tout en renvoyant les malades, vieux et pauvres dans leur pays de misère, où l'on soutient des despotes, pour qu'il disparaissent un peu plus rapidement de la surface de la planète ?
"La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes. Et la France n'oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté."
Comme se donner le beau rôle. Ces fameux tirailleurs sénégalais que nous aimions tant et pour qui nous avions tant de respect... Hum, Hum... Cela sent vraiment la moquerie.
"Jeunes d'Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu'elle est une maladie, une maladie de l'intelligence, et qui est ce qu'il y a de plus dangereux au monde."
Le conseiller englué dans sa vision de l'homme noir en symbiose avec la nature part ensuite dans une description des africains qui en a fait réagir plus d'un.
"C'est en puisant dans l'imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c'est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l'aube des temps, se transmettent et s'enrichissent de génération en génération que vous trouverez l'imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d'Afrique d'être vous-mêmes, libres de décider par vous-mêmes."
En gros Sarkozy dit: "Jeunes Africains droguez vous et faites pas chier !"
"Je suis venu vous dire que vous n'avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu'elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu'elles sont un antidote au matérialisme et à l'individualisme qui asservissent l'homme moderne, qu'elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l'aplatissement du monde."
J'ai sans doute raté un épisode, mais sur quelles valeurs a été élu Sarkozy en tant que Président de la France: bouclier fiscal, élimination des droits de succession... Qui lui prêtent des villas et des bateaux sur des vacances ? Des gens qui ont trouvé l'antidote au matérialisme et à l'individualisme ?
"Mais je suis aussi venu vous dire qu'il y a en vous, jeunes d'Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l'Afrique et celle de l'Europe. Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée."
Les africains doivent se taper une identité européenne en plus de celle africaine mais il leur est interdit de profiter de cette identité pour émigrer en Europe afin que les européens soient eux aussi empreints d'une double identité liée à leur passé chargé.
Morceau de choix:
"Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance. Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin."
Voila comment Sarkozy aime l'africain, un être immobile qui subit les dictateurs soutenus par Paris en la fermant. Que connait Sarkozy à l'Afrique ?
"Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire :lol: , il est là. Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire. C'est de puiser en elle l'énergie, la force, l'envie, la volonté d'écouter et d'épouser sa propre histoire."
Monsieur Sarkozy, l'Afrique avait tout, c'est nous européens qui lui avons tout retiré ! Est-ce si compliqué à comprendre ?
"Le défi de l'Afrique, c'est d'apprendre à se sentir l'héritière de tout ce qu'il y a d'universel dans toutes les civilisations humaines. C'est de s'approprier les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, l'égalité, la justice comme l'héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes."
Franchement le conseiller est d'un cynisme sans équivalent. Même si nous ne devons pas porter le poids des erreurs de nos pères, arrêtons aussi de nous targuer des avancées extraordinaires de ceux-ci, nous ne sommes pas en Afrique la patrie des droits de l'homme. Nous sommes la main armée de la politique initiée par Foccart qui est responsable de la mort de nombreux africains qui ne sera jamais autant médiatisée que celle des trop nombreux GIs américains en Irak (mais par rapport à combien de victimes innocentes sur le continent africain ?).
"Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l'Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l'Afrique, c'est qu'elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause. Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l'Afrique. La réalité de l'Afrique, c'est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible. La réalité de l'Afrique, c'est encore trop de famine, trop de misère. La réalité de l'Afrique, c'est la rareté qui suscite la violence. La réalité de l'Afrique, c'est le développement qui ne va pas assez vite, c'est l'agriculture qui ne produit pas assez, c'est le manque de routes, c'est le manque d'écoles, c'est le manque d'hôpitaux. La réalité de l'Afrique, c'est un grand gaspillage d'énergie, de courage, de talents, d'intelligence. La réalité de l'Afrique, c'est celle d'un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu'il n'arrive pas à se libérer de ses mythes. La Renaissance dont l'Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d'Afrique, vous pouvez l'accomplir parce que vous seuls en aurez la force. Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l'accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l'Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l'Europe et la Renaissance du monde. Je sais l'envie de partir qu'éprouvent un si grand nombre d'entre vous confrontés aux difficultés de l'Afrique. Je sais la tentation de l'exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille. Je sais ce qu'il faut de volonté, ce qu'il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l'on est né, où l'on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l'on a été heureux, l'amour d'une mère, d'un père ou d'un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique. Je sais ce qu'il faut de force d'âme pour affronter le dépaysement, l'éloignement, la solitude. Je sais ce que la plupart d'entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques. Je sais qu'ils iront parfois jusqu'à risquer leur vie pour aller jusqu'au bout de ce qu'ils croient être leur rêve. Mais je sais que rien ne les retiendra. Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves. Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère. Je crois que la jeunesse africaine s'en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde."
En attendant, c'est surtout la jeunesse africaine que l'on renvoie par charter. Le gaspillage de talent et de toutes les autres choses, finalement, il est initié par qui ?
"Ce que la France veut faire avec l'Afrique, c'est le co-développement, c'est-à-dire le développement partagé."
C'est une bonne nouvelle, si on doit faire du 50-50, après avoir eu du 100-0 depuis plusieurs décennies, je propose que la France rende déjà tout ce qu'elle a engrangé de trop par rapport à un réel partage. Histoire de repartir sur de bonnes bases.
"Alors, mes chers Amis, alors seulement, l'enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu'il peut lever la tête et regarder avec confiance l'avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l'humanité."
Alors, Monsieur Sarkozy, l'enfant de Camara Laye, voudra relever la tête et ne pas voir votre tête lui faire une leçon de néocolonialisme et d'ignorance sur la réalité africaine. Il relévera la tête pour voir des politiciens occidentaux qui décident de supprimer les paradis fiscaux, qui demandent à leurs multinationales de payer à leur vrai prix les ressources qu'elles tirent de l'Afrique et qui refusent que pour un dollar d'aide, les pays occidentaux en récupèrent 4.
Au fait, j'ai corrigé un des paragraphes de votre discours qui était bourré de fautes de frappes, je le fais bien gracieusement:
"Jeunes d'Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.
Mais le voulez-vous voulons-nous vraiment ? Voulez-vous voulons-nous que cessent l'arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous voulons-nous que la propriété soit respectée, que l'argent soit investi au lieu d'être détourné ? Voulez-vous voulons-nous que l'État se remette à faire son métier, qu'il soit allégé des bureaucraties qui l'étouffent, qu'il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu'il domine les féodalités, qu'il domine les corporatismes ? Voulez-vous voulons-nous que partout règne l'État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu'il peut attendre des autres ?"
Message personnel à Monsieur Sarkozy: Bien que je paie des impôts, je n'ai toujours pas reçu d'accusé de réception, ni de réponses aux questions que j'ai posées par le formulaire du site de l'Elysée. Je trouve cela assez impoli et très peu efficace pour un quinquennat qui est censé être marqué du sceau de l'efficacité.
14:50 Publié dans Afrique, Sarkozy a dit et a fait | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Afrique, Dakar, discours, prendre les africains pour des cons




