24/09/2007

Un discours qui continue de faire des vagues

b5faa3dfa1a2256cdb0b30fdf92af20d.jpgPendant qu'Henri Guaino*, la plume de Sarkozy est passé à l'attaque de l'euro fort, son discours de Dakar continue d'inspirer les intellectuels africain. Ainsi "Adame Ba Konaré, historienne et épouse de l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré, a invité dimanche les historiens africains à participer à la rédaction d'un manuel d'histoire sur leur continent destiné à "mettre à niveau" les connaissances de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique".

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Il serait assez intéressant de fouiller son background, pour y trouver l'origine de sa méconnaissance totale du continent africain.

Si la France s'occupait réellement de régler en toute bonne foi les problèmes de l'Afrique, quelques dictateurs, de nos anciennes colonies françaises, prendraient la direction du TPI pour génocide par les armes ou par faits économiques.

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14/08/2007

La France n'accepte pas qu'on joue avec ses intérêts en Afrique

On trouve depuis hier sur le site de l'Elysée une lettre de remerciement de Sarkozy à Thabo Mbeki:

Lettre de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, adressée à M. Thabo Mbeki, Président de la République d'Afrique du Sud.

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Paris, le 13 août 2007


Monsieur le Président,


Je tiens à vous remercier très sincèrement pour le message de félicitations que vous avez bien voulu m'adresser à propos du discours que j'ai prononcé à l'Université de Dakar le 26 juillet dernier.

Je suis très touché que vous ayez pris le temps de lire ce discours auquel j'accordais une importance toute particulière et suis sensible à votre proposition de porter mon message au peuple sud-africain mais aussi au continent africain tout entier.

Venant de vous qui êtes un des dirigeants qui incarnez la fierté retrouvée de l'Afrique et qui contribuez sans relâche à insuffler une nouvelle dynamique à ce continent, je ne peux qu'être honoré d'un tel jugement.

Vous voulez bien souligner « le courage et la franchise » de ce discours de Dakar. Je vous en remercie. Mais vous le savez, l'Afrique a besoin d'amis francs pour relever les défis auxquels elle doit faire face et je suis convaincu qu'elle y parviendra.

Soyez persuadé, Monsieur le Président, que vous pouvez compter sur la France et sur moi-même dans vos efforts en faveur d'une renaissance africaine. J'espère vivement avoir très vite l'occasion d'un échange avec vous sur ce sujet.

Je vous prie d'agréer Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération et amicale.


Nicolas SARKOZY

Monsieur Thabo Mbeki
Président de la République d'Afrique du Sud

Le président français répond aux félicitations mais pas aux interrogations et aux critiques de ceux qui n'ont pas eu la même lecture de son discours de Dakar. Il est vrai que Thabo Mbeki est réellement le mieux placé, compte tenu de l'histoire de l'Afrique du Sud, pour donner une vision éclairée de ce qu'est la françafrique et des desseins de Nicolas Sarkozy vis à vis des africains (surtout des anciennes colonies françaises). Le monde s'est lui aussi empressé de faire un article sur les félicitations de Thabo Mbeki.

Rien ne change. La politique africaine de la France reste la même et nos médias nationaux se confinent dans un autisme coupable. Et pourtant des voix crédibles s'élèvent pour dire que cela ne peut plus durer. C'est le cas d'Eva Joly qui répondait récemment à une interview dans la tribune de Xavier Harel un autre convaincu que la France doit changer son comportement vis à vis des peuples africains: Article sur le blog de Chantal Cutajar.

Finalement comme l'écrit Eric Mapouya en paraphrasant le Général de Gaulle: "La France n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts":

"Quand le Général De Gaulle disait solennellement que "la France n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts", il n'avait pas du tout tort dans la mesure où sa vision des relations bilatérales et multilatérales entre pays, est centrée sur cette réalité.
De Pompidou en passant par Valéry Giscard d'Estaing et récemment François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, les successeurs du Général De Gaulle qu'ils soient de la gauche ou de la droite, continuent de prendre fait et cause pour ce principe qu'ils appliquent à la lettre.
Le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy qui avait promis lors de la campagne présidentielle en France une totale rupture avec le passé, a tout de même réitéré son ferme engagement envers le principe gaulliste selon lequel "les intérêts français de par le monde sont intouchables".
Intouchables sont les sociétés françaises installées en Afrique ainsi que dans d'autres pays car comme on le dit souvent, qui veut s'en prendre à la France, n'a qu'à s'en prendre à ses intérêts installés en Afrique.
Et dans ce cadre, ce ne sont nullement les présidents du Niger, du Centrafrique, de la Côte d'Ivoire, du Tchad, du Gabon etc qui nous démentiront.
Il suffit de prendre connaissance des objectifs du déplacement éclair du secrétaire d'État français à la Coopération et à la Francophonie M. Jean-Marie Bockel au Niger et en République Centrafricaine pour s'en convaincre.
En effet, la visite éclair de Jean-Marie Bockel qualifiée de : "Mission de vérité en Afrique, Amitié et Sécurité, Pétrole et Uranium" a été l'occasion pour le diplomate français de préciser les règles du jeu de la diplomatie française et notamment sarkozienne après son élection à la présidence dans les anciennes colonies considérées comme étant sa chasse gardée. Ce qu'il y'a lieu de dire, c'est que le message des autorités françaises est clair comme l'eau de roche : "il n' y a ni rupture ni continuité dans la doctrine française mais on ne peut pas tout accepter, surtout pas que l'on fasse n'importe quoi".

Et ce n'importe quoi, ce n'est nullement les violations des droits de l'Homme en vogue dans la plupart des pays africains, l'impunité, la mauvaise gouvernance etc. mais c'est plutôt les intérêts français qui sont menacés par les dirigeants africains qui aimeraient faire profiter à leur peuple, les retombées de l'exploitation minière, forestière…, des ressources provenant de leur sol et sous-sol.
A Niamey au Niger, le géant français de l'atome AREVA est soupçonné de financer dans l'ombre la rébellion touareg. C'est ainsi que les autorités de ce pays ont expulsé deux de ses dirigeants. En Centrafrique, les intérêts de la société française Total sont menacés avec la libéralisation du secteur de l'énergie.
Alors, les enjeux sont importants et il fallait coûte que coûte le soutien de Paris pour que le bras de fer entre lesdites sociétés et les dirigeants de ces pays soit décanté. Une fois de plus, Nicolas Sarkozy tout comme ses prédécesseurs n'a pas lésiné sur les moyens pour dire haut et fort que les "intérêts français sont intouchables et malheur à celui qui s'y aventure" car, il risquera fort bien de perdre sa peau renchérit un observateur de la scène politique nationale.

Au cours d'un tête-à-tête entre le président centrafricain François Bozizé et Jean-Marie Bockel, l'émissaire de l'Élysée n'est pas passé par quatre chemins pour dire que "Paris veut bien aider la République Centrafricaine ainsi que d'autres pays mais à condition qu'ils ne prennent pas en otages les intérêts économiques de la France".
Pauvre au milieu de tant de richesses nationales, la République Centrafricaine tout comme le Niger fait face à une réalité si dure soit-elle, qui impose aux gouvernants de ces deux pays d'entreprendre toutes les réformes économiques possibles tout en protégeant les intérêts de la France. La France alors intouchable ?
C'est toute la question qui se pose et on comprend aisément pourquoi Paris n'a ménagé aucun effort pour voler au secours des régimes tchadien, centrafricain, nigérien qui font face à des mouvements rebelles.

Et dans ce jeu de David contre Goliath que se livrent la France et les États d'Afrique francophone suscités, les aides budgétaires octroyées par Paris à ses anciennes colonies ainsi que les forces françaises déployées par la métropole pour appuyer sinon protéger leurs propres intérêts dans lesdits États sont, à n'en point douter, le symbole de la puissance française dans ces zones.  Une autre manière de promouvoir le néo-colonialisme.

Et comme le dit un ex-combattant de la 2ème guerre mondiale, "Paris pourrait tout de même apparaître dans ce jeu comme le pyromane et le sapeur-pompier".

Lorsque ses intérêts sont menacés, il reconnaît que le peuple souffre, que les droits de l'homme sont violés, que les dirigeants africains pillent le pays, qu'il y a une politique d'exclusion et la mal gouvernance etc. ce n'est qu'au cas où les intérêts de Paris sont bien protégés, qu'il assure la longévité aux régimes dictatoriaux en Afrique francophone. Drôle, vraiment drôle cette politique française.
Alors, on s'aperçoit que dans le cas d'espèce que tous les moyens de pression sont bons et la France ne lésinera pas sur les moyens pour faire taire tous ceux qui tenteront de s'en prendre à ses intérêts fussent-ils aussi présidents des États souverains."

Eric Mampouya