01/05/2007

Hugo Chavez, le courage pour une mondialisation acceptable ?

Vendredi lors de la conférence sur les crimes économiques en Afrique, Hugo Chavez avait été évoqué. C'était assez normal puisque le modérateur du débat était Jean-Jacques Seymour un journaliste qui a écrit : "Une obsession nommée Hugo" et que les africains s'interrogent à juste titre sur ce qui se passe au Venezuela (gros producteur pétrolier) par rapport à ce qui peut se passer dans les pays producteurs de pétrole en Afrique.

Jean-Jacques Seymour avait expliqué comment il avait vu le changement dans le pays depuis qu'Hugo Chavez avait pris le pouvoir. Changement positif selon lui pour les couches défavorisées de la population. Les effets de la rente pétrolières redescendant bénéfiquement sur les habitants des bidonvilles. Pour conclure, Seymour avait estimé qu'Hugo Chavez marquait une nouvelle génération de leaders qui pourraient changer les choses par rapport aux nombreux effets pervers de la mondialisation. Un leader qui les a bien accrochées !

Un article du monde d'aujourd'hui est là pour nous le prouver: "Le Venezuela d'Hugo Chavez claque la porte du FMI et de la Banque Mondiale". Deux jours après ma note sur la crétinerie de plus en plus avérée des hauts fonctionnaires de ces institutions internationales. On peut noter à ce propos que contrairement à Sassou Nguesso qui continue d'endetter son pays pour les 1000 prochaines générations en empruntant en Chine, en Inde et ailleurs, le président Hugo Chavez a fini de payer tous ses arriérés vis à vis de la Banque Mondiale. Il y a des présidents qui ont l'amour de leur pays et de leur peuple. D'autres ont l'amour d'eux-mêmes et de l'argent. C'est dommage qu'ils soient trop souvent en Afrique...

28/04/2007

"Ils tiennent l'argent et les armes"

Hier soir, j'ai assisté à une conférence-débat organisée par Africamaat et Menaibuc: "Afrique pillages et crimes économiques". C'était un débat modéré par Jean-Jacques Seymour et Jean-Philippe Omotunde. Le premier intervenant étant Xavier Harel du journal économique "La tribune" dont j'ai déjà parlé de l'ouvrage "Afrique pillage à huis clos" et de son interview sur I Télé. Le second conférencier étant Jean-Paul Mopo Kobanda qui a écrit "Les crimes économiques dans les grands lacs africains". 

Dans la première partie, les intervenants se sont attachés à donner le constat. Il est, sans surprise, bien amer pour les africains. Ces peuples vivent sur une réserve de ressources naturelles extraordinaire. Celles-ci sont extraites par les pays occidentaux qui en profitent et les peuples africains ramassent toutes les retombées négatives.

La République Démocratique du Congo est une "anomalie géologique" 

C'est le cas des pays pétroliers comme l'a expliqué Xavier Harel à partir des éléments qu'il a cité de son livre. En particulier pour le Congo Brazzaville pour lequel le dossier à charge vis à vis du clan au pouvoir est particulièrement accablant. Jean-Paul Mopo a lui insisté sur le cas de la République Démocratique du Congo (ex Zaïre ou Congo Belge), gigantesque voisin du Congo Brazzaville. Ce pays de la taille de l'Europe est une "anomalie géologique" tant il regorge des matières que nous occidentaux convoitons. Ces matières sont exploitées par nos multinationales sans créer d'emploi dans le pays d'origine puisque toute la chaîne de transformation se situe ensuite en Europe, aux Etats-Unis et de plus en plus en Chine.

Ces matières sont achetées à vil prix (voire gratuitement dans le cas de l'uranium Nigérien) pour être transportées à l'état brut par nos bateaux, puis transformées par nos usines, pour alimenter nos fabrications High-Tech qui alimentent essentiellement notre confort des pays riches et, pour le surplus, revendues au prix fort dans les pays pauvres. Ce scandale perdure car nos gouvernants avec notre coupable ignorance entretiennent des gouverneurs noirs à la tête des pays producteurs du continent spolié.

Aucune opposition crédible ne peut émerger dans ces pays 

Dans la seconde partie, il s'agissait de parler des moyens à mettre en place pour faire en sorte que les choses changent. Jean-Paul Mopo a évoqué la possibilité de s'appuyer sur l'ONU et la voie judiciaire comme cela a été le cas pour des crimes comme le Rwanda ou l'ex-Yougoslavie. Mais il ne se fait guère d'illusions. Moi non plus ! 

L'ONU n'est certainement pas l'organisme supra-national qui changera le destin du continent noir. A la fin de ma lecture du livre de Xavier Harel, j'étais arrivé à la conclusion que la priorité, pour influer sur les événements, était de légiférer au niveau du commerce international sur ce que l'on appelle les paradis fiscaux. L'existence même de ces pays favorisant les transferts financiers opaques est en grande partie responsable de l'impossibilté de mettre en place un suivi transparent des ressources naturelles d'un pays. Ce qui permet ensuite de maintenir des corrompus à la tête des Etats, pourris qui perpétuent la spoliation de leur propre peuple pour l'intérêt des multinationales occidentales (pétrolières et minières en particulier). Xavier Harel n'a pas réellement parlé des paradis fiscaux lors de ses interventions. Il a par contre dit qu'il était pessimiste pour l'avenir des pays qu'il cite dans son livre.

Dans l'état actuel des choses aucune opposition crédible ne peut émerger dans ces pays. Comme il l'a dit en évoquant le clan Sassou, "ils tiennent l'argent et les armes". L'opposition est donc neutralisée, par la force des armes s'il le faut, ou achetée comme on peut le voir avec un autre génocidaire congolais Bernard Kolelas. Ex-chef de milice dont les fils et filles accumulent un patrimoine immobilier important dans les quatiers bourgeois d'Abidjan. C'est cool l'exil d'un ex-condamné par coutumace.

"On voit nos ressources naturelles qui partent et bien on les suit !" 

medium_banderole-survie.jpgEnfin pour finir, la parole était donnée à la salle pour poser des questions. J'ai trouvé dommage que cette partie soit réduite à la portion congrue. C'était un moment très intéressant puisque les africains sont amers et qu'ils l'expriment avec passion. Les occidentaux ont été mis en accusation et cela a vite dérivé sur l'aspect de l'immigration qui est un sujet à la mode à cause de la personnalité d'un des finalistes de la présidentielle française 2007. Comme l'a exprimé avec humour un camerounais: "On voit nos ressources naturelles qui partent et bien on les suit !". Cela résume beaucoup de choses. Vous ne créez pas d'emploi chez nous en pillant nos ressources naturelles. Pourquoi refusez-vous que nous allions dans vos pays froids pour travailler dans vos usines où vous transformez ce que vous nous avez quasiment volé ?

D'autres se sont appesanti sur la responsabilité des gouvernants locaux et de la léthargie de leurs compatriotes. La jeunesse de ces pays a été montré du doigt à plusieurs reprises. Un autre encore s'est interrogé sur le fait qu'au Venezuela, avec Hugo Chavez, les choses évoluaient favorablement et pourquoi cela n'était pas le cas dans les pays africains. JJ Seymour qui a écrit un livre sur Hugo Chavez a expliqué comment les bidonvilles de Caracas bénéficiaient maintenant de l'argent du pétrole ce qui n'est pas le cas de Pointe-Noire, Brazzaville, Port-Gentil ou Luanda.

Pas vraiment de solution à l'horizon 

medium_banderole2.jpgAu bout du compte, un énorme ressenti mais pas vraiment de solution à l'horizon. L'Afrique n'en a pas fini d'être spolié et ce n'est pas les initiatives de Survie ou Global Witness qui changeront les choses à court terme. Je rejoins les réflexions de Jean-Philippe Omotunde qui a expliqué que l'opinion publique devait être mobilisé et que pour débuter il fallait éradiquer l'ignorance des occidentaux sur la situation qui prévaut dans les relations entre nos pays et l'Afrique. Mis à part Xavier Harel et quelques autres, trés peu de journalistes ont osé briser les tabous que la France traînent depuis plusieurs décennies. Mais la tâche est difficile, comme l'a expliqué Jean-Philippe, les Sociétés qu'il s'agit de dénoncer sont celles qui achétent les encars de publicité dans les médias de la place. Jusqu'à présent, la plupart des rédactions ont préféré garder les revenus publicitaires en vendant leur âmes aux diables plutôt que de prendre le parti d'informer objectivement leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs.

Les deux photos ont été prises lors de la manifestation à Paris pour le contre sommet France-Afrique qui se déroulait à Cannes. Le clan Sassou a bien aimé les grands hôtels et les casinos de la cité balnéaire française. Chirac avait, semble-t-il lors de son dernier sommet, mis les petits plats dans les grands. Il est vrai que celui-ci aime beaucoup les africains... surtout ceux qui favorisent les multinationales françaises.

Voici une vidéo de François-Xavier Verschave, la solution idéale pour l'Afrique est sans doute de trouver une centaine de FX dans chaque pays du G8...