10/12/2006

Route de l'Equateur

Samedi 9 décembre - Je commence ma journée par une visite chez mon pote Gros Bill. J'ai besoin de quelques composants informatiques pour le noël de mes filles. Je décide de me rendre au point de vente de Thiais pour éviter d'avoir à tourner pendant des heures à Paris pour me garer à proximité toute relative de la boutique du boulevard de l'Hôpital. Je ne connaîs pas ce dépôt mais je connais Thiais. Supposant que la boutique se trouve dans la rue de l'alouette, je ne prends pas l'adresse ni le plan d'accès. Rue de l'alouette pas de grosbill. Je tente Belle-Epine. On y trouve un Darty et un Surcouf mais toujours pas de trace de GrosBill.

Je me résouds à demander chez monsieur kiloutou qui me dit tout. Grosbill est caché dans une impasse au fond de la zone industrielle. C'est impossible de tomber dessus par hasard. Conclusion, c'est très bête de chercher un magasin sans l'adresse.

Le retrait des commandes dans le dépôt de Thiais est aussi bien organisé qu'à Paris. Un mélange de FIFO, de LIFO et d'une pointe d'anarchie. Arrivent-ils à fidéliser leurs clients comme cela ? Mais pour une fois, je ne m'en sors pas trop mal contrairement à une femme pas très heureuse d'attendre 1h30 pour un composant et un monsieur assez agaçé de voir arriver son ordinateur en kit, pièce après pièce au rythme d'une pièce toutes les dix minutes.

Je prends la route pour Paris afin de me rendre au salon nautique. Cela commence par un embouteillage sur l'A6. A6a ou A6b même combat. De toute façon, je dois prendre le périphérique ouest. Pendant que nous roulons à 2 km/h, on a le droit de se ranger sur le côté pour laisser passer une délégation de voitures officielles précédées de motards. Une personnalité politique ou l'ennemi public numéro 1 ? On ne le sait pas car les vitres des véhicules sont fumées. Et puis peu importe, la différence entre nos élus souvent véreux et les chefs de la mafia est plutôt ténue. 

La circulation se fluidifie mais se rebouche sur le périphérique où une Austin Morris rouge a mis à terre un motard sur une moto jaune. Une fois à la porte de Versailles, c'est la quête aux places de parking. Tous les parking du parc des expositions sont réservés aux VIP. Je me trouve une place à Vanves, ça me permet de me dégourdir les jambes pendant 20 minutes pour rejoindre l'entrée du salon. Je ne suis pas VIP et je n'ai pas d'invitation. Je me soulage de 13 € pour l'entrée et je file directement vers le hall 1 où se trouve l'exposition dédiée aux voiliers. Les Class America sont à l'extérieur du bâtiment. Il y a deux splendides voiliers de compétition que l'on retrouve lors de l'america's cup: BMW Oracle Racing et AREVA Challenge.

On peut flâner entre les halls sans billet. Par contre pour entrer dans un hall, il faut un billet. On nous met alors un bracelet rose fluo particulièrement tendance. C'est un bracelet à usage unique qui permet de vérifier que l'on a bien une invitation ou un ticket payant et ainsi de visiter les différents halls sans problème. Il est impossible de le refiler à quelqu'un d'autre sans détruire le système de verrouillage. Cela me rappelle les bracelets que l'on met au nouveaux nés dans les hôpitaux. Ils doivent avoir la même destination, éviter les fraudes. Du genre, la dame et le monsieur qui trouvent que leur bébé n'est pas terrible. Du coup, ni vu, ni connu, je t'embrouille, ils l'échangent avec un autre bébé plus à leur goût. Avec les bracelets, c'est maintenant impossible. Cela évite aussi les erreurs de manipulation par les auxiliaires de puéricultrice qui sont tête en l'air.

Dans le hall 1, je commence par regarder les nouveautés sur les catamarans, dans les catalogues de Jeanneau, de Béneteau et des constructeurs anglo-saxons. Il y a vraiment des bijoux qui font rêver. Cela en restera au stade du rêve, ce n'est pas vraiment dans mes moyens. Je ne fais pas partie de la famille d'un dictateur d'Afrique Centrale et je ne vends pas de prestations à de tels individus. En parlant de cela, il est temps de faire un tour sur le stand de la Route de l'Equateur.

Voyons voir dans le catalogue du salon où se trouve le stand: course de l'équateur, rien, matondo congo, rien, Sail Incentive, rien, route de l'équateur, rien. On voit les pros du marketing. Des gens qui ont un stand mais qui ne veulent surtout pas qu'on les trouve. Je m'adresse au blondinet du stand "informations" après l'avoir laissé terminer un grand baillement qui montre l'enthousiasme pour sa fonction ou une nuit trop courte. Il m'oriente vers le secteur course qui est à l'opposé de l'endroit où je me trouve.

Le stand de matondo congo est dans un coin. C'est un stand de 30 m2 environ avec une grosse partie privée. Il y a une statue gigantesque de Rhode Bath-Schéba Makoumbou. La sculpture est une Africaine avec un cabat qui sert visiblement de poubelle aux visiteurs ou aux personnes du stand. Quand l'artiste va récupèrer sa statue, il faudra qu'elle vide son sac. Les 3 "congolaises" d'accueil sont regroupées dans un coin du stand. Je m'approche et lance un enjôleur "mboté na yo". Elles prennent le sourire de celles qui pensent: "c'est quoi ce demeuré ?". L'une est en communication avec son téléphone portable. Aucune des 2 autres ne profitent de mon lingala irréprochable pour enchaîner comme le ferait toute hotesse d'accueil normalement constituée en me demandant si je connais le Congo. Je doute fort que ces hotesses soient réellement congolaises comme le blog de Matondo l'affirme haut et fort. Elles peuvent aussi bien être d'Abidjan ou de Pointe à Pitre. J'entame alors un petit dialogue avec l'une d'entre elles après qu'elle m'ait répondu par "Bonjour" à mon "Mbote" :

-C'est quoi cette course ?

-C'est une course qui relie Marseille à Pointe-Noire au Congo... Brazzaville (Une légère hésitation qui montre qu'on lui a bien dit de toujours préciser)

-Et ?

-Ben, c'est tout. Posez-moi des questions !  (J'ai pourtant pas beaucoup de ressemblance avec Jean-Pierre Foucault et c'est une étrange façon de faire l'article sur cette course...)

-Il y a beaucoup de participants ?

-Non, il y en avait 5 la première fois.

-Et cette fois-ci ?

-On espère doubler le nombre de participants.

-C'est pas très connu comme course ?

-Non, c'est difficile au début. Le but c'est de développer le tourisme au Congo, de faire connaître le Congo aux entrepreneurs français et de faire de l'humanitaire en donnant du matériel pour les écoles. (Là, il manquait un fond de violon et de joueurs de pipeaux...)

-C'est tous les ans ?

-Non, tous les 2 ans. La prochaine c'est en 2007... Avril 2007...

-Il y a des skippers connus ?

-Non, pas trop. Cette année les bateaux sont des "Class 40" qui est une classe jeune.  

Là, j'ai préféré abréger mes souffrances. Je quitte les hôtesses Congolaises à leur plus grand soulagement. La troisième étant toujours au téléphone.

Il y avait, à 2 pas de là, un stand intéressant avec un vrai concept original: Rames Guyane 2006. C'est une course qui relie Saint-Louis du Sénégal à la Guyane en aviron. J'ai récupéré une belle plaquette qui présente la course. Cette plaquette bien faite m'a donné l'idée de retourner sur le stand de Sail Incentive pour récupérer une plaquette. Je me pointe, les 3 hotesses se sont volatisées. Il y a, dans la partie privée interdite d'accès, uniquement 2 gars qui jouent au foot sur une Xbox et une fille qui parle avec un troisième. Je m'installe devant l'écran où passent les images de l'arrivée 2005 dans lesquelles on voit Sassou lever constamment les bras comme s'il avait lui-même gagné la course. Aucune des personnes de la partie privée du stand ne fait un geste pour s'enquérir des gens qui passent sur leur stand. On sait recevoir chez Sail Incentive ! Visiblement plus l'argent des dictateurs qui détournent les revenus du pétrole que les curieux qui veulent en savoir plus sur la Route de l'Equateur, Matondo Congo ou Sail Incentive. Puiqu'il n'y a personne pour s'occuper des visiteurs et que j'en ai marre de voir la trombine de Sassou se faire applaudir par des Congolais à qui ses hommes de main ont payé une bière, je fais un petit tour sur les stands de région.

Sur le stand de Marseille, il y a un animateur pour qui le mot incentive veut réellement dire quelque chose. Il ressemble à Thierry Lhermitte et prend aussi ses intonations. Il vante les mérites de Marseille. Quelle surprise, il ne parle pas de la route de l'Equateur qui n'est clairement pas un événement dont les marseillais sont fiers où qui n'apporte rien pour attirer les touristes aux pieds de la Bonne Mère à déguster une bouillabaisse.

Après avoir fait un grand tour sur des stands où l'on sait décliner le terme incentive, je retourne sur le stand de Matondo. Les trois hôtesses sont revenues et déjeunent tranquillement toutes les 3 ensemble. C'est la notion de permanence par Sail Incentive. Pourquoi ce stand est-il autant à l'image du commanditaire de la Route de l'Equateur ? Il y a bien quelques visiteurs qui attendent pour poser des questions et en savoir plus sur cette course inconnue. Mais cela ne les perturbent pas dans leur dégustation. Il faut se faire une raison. Les seules plaquettes disponibles sur ce stand viennent des autres stands alentours. Les hôtesses sont out of work pendant leur déjeuner. Les membres de sail incentive qui sont dans la partie privée ne sont visiblement pas là pour prendre leur relais. Etrange façon de faire de l'incentive. Je fais comme les autres visiteurs qui attendaient vainement que l'on s'occupe d'eux, je m'en vais. 

Cela confirme bien que la Route de l'Equateur n'est qu'une nouvelle invention pour permettre aux habitués du régime Brazzavillois de s'en mettre plein les poches au détriment de la majorité des congolais qui crèvent la dalle. Il ne faut tout de même pas prendre les congolais pour des imbéciles. Pour distribuer 3 cartables et 10 moustiquaires aux déshérités Congolais, le meilleur moyen est-il d'organiser une course dont le prix pour le vainqueur est de 400 000 € ?  Une course qui a nécessité de construire un village pour les skippers et les organisateurs qui est utilisé 2 jours tous les 2 ans et interdit d'accès le reste de l'année par des vigiles armés ? Une course dont le comité d'organisation est constitué des membres de la famille du Président voyageant aux frais de la princesse ?

La route de l'équateur est, comme le mausolée de De Brazza, une nouvelle humiliation pour le peuple Congolais. Sail Incentive est simplement une entreprise française complice de cet acharnement contre le peuple congolais. Cette entreprise recrutant beaucoup en ce moment, il ne fait pas de doute que le gouvernement congolais de Sassou est toujours aussi généreux envers ses griots. Générosité qui est inversement proportionnelle à celle qu'il a pour son propre peuple affamé par son incompétence extrême et polymorphe. 

La Route de l'Equateur n'est ni une course humanitaire, ni un concept innovant pour développer le tourisme au Congo et le faire connaître. En effet, si vous voulez faire une épreuve sportive qui développe le tourisme au Congo, vous ne faites pas une épreuve ou l'équipement nécessaire vaut entre 250 000 et 350 000 € alors que ce pays a tout fait pour être reconnu comme un des plus endetté malgré le pétrole qui coule au large de Pointe-Noire et qui ne profite qu'à la famille Sassou ou des entreprises françaises comme Sail Incentive.  C'est dommage pour les hôtels de luxe que la famille Bongo-Sassou achètent avec l'argent qu'ils ont pillé dans les caisses des Etats Congolais et Gabonais.

Vous voulez être innovant et faire découvrir le Congo ? Faites une course à la rame depuis Bangui jusqu'aux rapides en aval de Brazzaville. Cela ferait découvrir le vrai Congo et donnerait la chance à un Congolais d'être vainqueur de l'épreuve. Il sont très entrainés. Avec le gouvernement d'incompétents actuel, les ressortissants congolais ont plus l'habitude de ramer que de mettre les pieds sur un voilier à 350 000 € pièce.

Si vous aussi vous êtes contre une course qui n'a été construite que pour humilier le peuple congolais, vous pouvez laisser votre commentaire ici : Non à la Route de l'Equateur