01/01/2007
Mes voeux 2007: Un coup d'arrêt au double langage
Pour les voeux de 2006, j'avais mis en avant les objectifs du millénaire. Je souhaitais que durant cette nouvelle année nous puissions mesurer des avancées significatives par rapport aux cibles devant mener à une réduction très sensible de la pauvreté pour 2015. 2006 n'a malheureusement pas été une bonne année pour cela. Malgré les people qui se battent pour obtenir toujours plus d'aides pour les pays sous-développés. Malgré des Présidents de pays riches qui annulent des dettes colossales et se lancent dans le financement innovant par des taxes sur les billets d'avion pour l'aide publique. Des voix commencent à s'élever qui disent que les objectifs sont déjà inatteignables pour plusieurs pays. En particulier pour l'Afrique subsaharienne.
On ne ne doute pas de la sincérité de Bono ou d'Angelina Jolie vis à vis de la pauvreté dans le monde. Mais il apparaît de plus en plus clairement qu'ils font hélas fausse route. L'aide au développement dans les conditions actuelles n'est pas le remède pour atteindre ces objectifs du millénaire. Les prérequis ne sont pas là.
Faisons un petit jeu pour affiner le diagnostic. En entreprise, on utilise plusieurs méthodes quand il s'agit de résoudre des problèmes. La méthode des "cinq pourquoi" en est une. Cette méthode a été élaborée pour faire en sorte que dans les phases de diagnostic on ne soit pas tenté de s'arrêter de manière superficielle aux causes d'un problème. Cela permet de remonter à la cause racine et, en éliminant cette cause, de résoudre durablement le problème. La pauvreté généralisée sur notre planète est un problème pour beaucoup d'entre nous. Essayons la méthode de résolution de problèmes expliquée plus haut.
- Pourquoi 70% des congolais vivent avec moins de 2$ par jour ?
- Parce qu'ils n'ont pas de travail régulier.
- Pourquoi n'ont-ils pas de travail ?
- Parce que l'économie ne génère pas suffisamment d'opportunités d'emplois.
- Pourquoi un pays en développement ne génère-t-il pas suffisamment d'emplois ?
- On peut alors faire l'erreur de dire que c'est en raison d'un déficit d'aide au développement ou chercher une autre voie: parce que trop d'argent est détourné des caisses de l'état et que l'argent qui y reste est affecté sur des réalisations non prioritaires.
- Pourquoi une telle mauvaise gouvernance ?
- Parce que la nature humaine est ainsi faite que la plupart des êtres humains qui possèdent un pouvoir sont facilement tentés par l'abus de pouvoir pour peu que les conditions s'y prètent. On peut même penser que plus les enjeux financiers sont grands, plus la tentation est grande.
- Pourquoi les conditions sont-elles favorables dans le cas d'un pays pétrolier africain ?
- Parce qu'il n'y a pas de transparence dans le secteur pétrolier international et qu'il existe des paradis fiscaux
Cela pourra sembler tiré par les cheveux pour plusieurs d'entre vous. Mais en utilisant différentes méthodes vous aboutirez au même résultat. C'est la grande leçon que l'on peut tirer du livre de Xavier Harel sorti récemment. Les pays du G8 et la Chine ont tout intérêt à jouer du double langage. On a le coeur sur le main en promettant toujours plus d'annulation de dette et d'aide au développement. Mais derrière on maintient l'opacité sur les industries extractives et les flux financiers internationaux pour permettre aux pays riches de quadrupler leur mise.
Certains chiffres sont très instructifs. En 2004, le montant annuel de l'aide publique au développement au niveau international se situait autour de 60 milliards d'euro (Source: monde diplomatique "une nécessaire réforme de l'aide internationale"). En 2006, les golden boys de la City vont se partager un pactole de 13,2 milliards d'euro rien que pour leur prime de fin d'année. Ces golden boys dont le grand mérite est de savoir jouer de la spéculation, manager des fusions-acquisitions bénéfiques pour leurs actionnaires ou de maîtriser parfaitement les possibilités offertes par les paradis fiscaux pour leurs clients présidents de pays pauvres très endettés (A propos des financiers et de l'adage "l'argent n'a pas d'odeur", le chapitre sur le scandale de la Riggs Bank avec le dictateur guinéen Teodoro Obiang Nguema est un must à lire dans "Afrique pillage à huit clos"). 4000 super-privilégiés de la City percevront même une prime moyenne de 1,5 million d'euros (Source article du monde du 22 décembre 2006: "Les rémunérations dans la finance explosent, la polémique enfle"). On comprend pourquoi la Grande-Bretagne s'érige en modèle pour l'aide au développement mais surtout en contre-modèle quand il s'agit de faire la peau aux paradis fiscaux. Il faudrait 2671 ans à 70% des congolais pour accumuler une telle somme en ne dépensant rien... Pour en finir avec les chiffres: le budget annuel du Venezuela est de 60 milliards de dollars. Ce pays est lui aussi, comme les pays pétroliers africains, en proie à une gestion arbitraire des ressources et une corruption généralisée.
Ce constat n'est pas nouveau. L'association française "survie" de Francois-Xavier Verschave et les ONGs anglo-saxonnes"Global Witness", "Publish what your pay" et "Transparency internationale" dénoncent depuis plusieurs années la protection de règles internationales qui permettent à des dictateurs de se maintenir, d'enrichir leurs clans et d'appauvrir leurs peuples pour permettre à nos pays occidentaux de garantir 1/2 ou 1 point supplémentaire pour notre déesse croissance qui conditionne toute notre économie. Survie donne 8 propositions pour changer la politique de la France à l'égard de l'Afrique. Toutes les propositions sont à prendre en compte. Mais il me semble qu'il est nécessaire de fixer des priorités qui touchent en fait à une remise en cause plus globale de la politique des pays riches vis à vis des pays pauvres et principalement des règles l'exploitation et la vente des ressources naturelles. Les points suivants du site de survie sont essentiels:
3. Lutter contre l'impunité
Création d’une agence internationale pour la régulation du commerce des minerais précieux (de type diamants, or...) : label d’origine, certification, traçabilité des transactions et pouvoir de sanction.
Au niveau international
7. Lutter contre les réseaux de criminalité internationale, de blanchiment et d’évasion fiscale
- Suppression du Franc CFA, qui favorise l’évasion des capitaux et la sujétion des politiques économiques des Etats africains, et instauration d’un code d’investissement contraignant,· Application stricte du droit existant en matière de régulation et de transparence bancaire et financière dans tous les Etats membres de l’UE ainsi que dans les territoires qui en dépendent : Monaco, Andorre, Jersey, Guernesey...
- Renforcement de la coopération européenne entre autorités judiciaires et fiscales afin de lutter efficacement contre l’évasion fiscale et contrôle strict, au niveau national et européen, des sociétés de compensation,
- Renforcement vigoureux du mandat et des moyens du Groupe d’Action Financière Internationale (GAFI) à l’encontre des « territoires non coopératifs » (notamment les centres financiers off shore) en lui permettant des contrôles sur le terrain de l’application des normes internationales en vigueur contre le blanchiment et l’évasion fiscale, et en lui attribuant des pouvoirs de sanction dissuasifs,
- Renforcement de la coopération internationale au sein du Forum de Stabilité Financière (FSF) pour assurer la surveillance et la régulation des marchés financiers,
- Promouvoir l’instauration d’une norme internationale contraignant les entreprises et les gouvernements à publier tout paiement effectué dans le cadre de l’exploitation de ressources naturelles (plus contraignante que l’Initiative de Transparence des Industries Extractives).
8. Travailler à la construction d’une gouvernance mondiale représentant et défendant les intérêts des peuples
- Instauration d’un code international en matière d’investissement local par les entreprises multinationales,
Réorganisation des conseils exécutifs de la Banque mondiale et du FMI afin d’augmenter le nombre de sièges revenant aux pays du Sud, et subordination de ces institutions aux obligations et Conventions internationales en matière de respect des droits fondamentaux(pas tant que les sièges iront à des représentants des pays du sud qui ne sont que des vassaux de puissances du G8, oui à partir du moment où ils servent les intérêts de leurs peuples respectifs)- Création d’une Commission de respect des droits humains et de consolidation de la paix, au sein de l’ONU, dotée de réels pouvoirs en terme d’opérations de maintien de la paix, et subordination des interventions militaires de l’ONU à cet organisme,
- Ré-affirmation et mise en pratique de la primauté du droit international des droits humains, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme ainsi que dans les Pactes internationaux de 1966 relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels, qui doit être appliquée de façon coercitive à l’égard des États, des entreprises et des individus,
- Transformation du Conseil économique et social de l’ONU en une véritable Autorité internationale en matière économique et sociale.
Cette note est longue mais je devais justifier les voeux qui vont suivre pour cette nouvelle année. Ma conviction est faite, les opposants du Congo, du Gabon, de Guinée, d'Angola, du Nigéria, du Venezuela, et des autres pays riches en ressources naturelles s'usent actuellement à dénoncer les gabegies, la mal gouvernance, l'appauvrissement et l'humiliation dans leur pays respectif. Il faut clairement que cette lutte continue. Bien évidemment plusieurs dictateurs, profitant de conditions excellentes, n'ont plus aucune limite dans le pillage de la rente liée aux ressources naturelles et s'enrichissent éhonteusement alors que leur peuple crève dans la misère. Mais ce n'est pas suffisant ! Je suis même tenté d'écrire que n'est pas la priorité. La priorité est d'éliminer les conditions qui permettront à un autre dictateur de prendre la place du précédent dans un cycle sans fin. Pour moi, ces conditions restent à ce jour l'opacité sur la gestion des ressources naturelles et l'existence de paradis fiscaux.
Je souhaite donc pour 2007 une mobilisation des peuples lésés d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'ailleurs, derrière les ONG citées au-dessus avec le soutien des bonnes volontés occidentales pour réclamer aux pays du G8 de sortir de leur double langage. Afin qu'ils adoptent enfin des règles internationales respectueuses des peuples du sud même si cela doit coûter de la croissance à leur économie. Nous sommes tous sur la même planète, non ?
Si vous vous reconnaissez dans ces voeux, vous pouvez laisser un commentaire sur ce blog avec votre nom ou pseudo et votre pays d'origine (c'est pas une enquête pour Sarkozy... ;-). Sinon, vous pouvez aussi laisser un commentaire pour dire pourquoi !
19:45 Publié dans Afrique, Humeurs, Présidentielles 2007, République du Congo | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, Voeux 2007, Aide au développement, Pays riches, corruption




