03/04/2007

Quand le vent marin sent la merde !

Cette note fait l'objet d'un lien sur Global Voice: Vous Reprendrez Bien Un Peu d’Humanisme is upset that veteran sailor Florence Arthaud has accepted the Sassou-Nguesso government’s offer to participate in a sailing event there in less than 2 weeks for an event that is designed to boost local tourism. Says the blogger: "Are French sailors naive? Does Florence Arthaud lack critical thinking skills to the point of being had by any old crook?… This decision is a bad one because it cautions a violent dictatorial regime."

Jusqu'à présent, quand je pensais à la voile, c'était un bol d'air frais qui m'arrivait dans les narines. Malheureusement, l'air marin prend de nouveau cette année une odeur nauséabonde qui n'a rien à voir, pour une fois, avec la propension de l'être humain à polluer son environnement. On ne parle pas ici d'une pollution par les produits toxiques comme à Abidjan ou d'une marée noire dont les compagnies pétrolières ne sont jamais responsables. Il s'agit dans notre cas d'une pollution des esprits par des champions de l'intoxication que sont certaines sociétés d'incentive sans foi, ni loi.


Les skippers et skippeuses français sont-ils des grands naïfs?

Florence Arthaud manque-t-elle d'esprit critique à ce point qu'elle pourrait se faire arnaquer par le moindre petit escroc?

L'air marin a-t-il un effet négatif sur le maintien de la bonne santé des neurones?

C'est une partie des questions que l'on se pose quand on voit ce qui va avoir lieu dans moins de 2 semaines. Après la première route de l'équateur en 2005, remportée sans péril et sans gloire par Sébastien Josse. Voici cette année, la seconde édition. Philippe Monnet, le délinquant routier multirécidiviste est de retour après avoir amené à la dernière place le bateau aux couleurs du programme politique du Président Denis Sassou-Nguesso lors de la précédente épreuve ("la nouvelle espérance" qui est dans la bouche du Président de servir les intérêts de la France dont il est l'un des gouverneurs). Place considérée comme non usurpée, l'avis est unanime à ce propos. Le programme en question ne mérite pas mieux. Sauf à trouver une place qui soit même au-delà de la dernière.

La machine à convaincre de l'équipe de Sail Incentive a de nouveau fonctionné à plein régime (et pas de banane). C'est une ancienne pointure de la mer qui est sur le plateau de cette année: Florence Arthaud. On peut imaginer un dialogue qui a conduit à une telle décision de la part de la navigatrice:

  • Florence A.: C'est quoi cette course ?
  • Sail Incentive: Une grande course qui va être bientôt connue.
  • Florence: Mais on n'en parle pas du tout dans les médias.
  • Sail Incentive: Si, regarde ces communiqués et ces news.
  • Florence A.: Mais, c'est toujours le même communiqué écrit par votre équipe.
  • Sail Incentive: On a les moyens de convaincre (L'interlocuteur montre une liasse de dollars qui sentent fortement le pétrole)
  • Florence A.: C'est bien comme pays le Congo ?
  • Sail Incentive: Les dirigeants sont supers... Il veulent développer le tourisme dans leur pays (L'interlocuteur esquisse un sourire ironique). Ils font tout pour (l'interlocuteur est plié de rire).
  • Florence: Ah bon, vous êtes sûrs ? Je ne suis vraiment pas convaincue.
  • Sail Incentive: Bon, tu veux combien, Florence ? Tu veux une autre coupe de champagne ? C'est la boisson préférée du Président Congolais, il ne boit plus que ça (l'interlocuteur se dit intérieurement: c'est vrai qu'il ne vaut mieux pas boire l'eau là bas...)


C'est un dialogue tout droit sorti de mon imagination. Mais, est-il si loin de la réalité ?

Florence Arthaud a-t-elle été convaincue par un critère de développement tout à fait mensonger ou, de manière plus terre à terre, par une enveloppe bien rebondie (la retraite ça nécessite de l'épargne...) ?

Quelqu'en soit la raison, cette décision est une mauvaise décision puisqu'elle entache le palmarès de cette navigatrice par la caution qu'elle donne à un régime dictatorial sanguinaire et particulièrement ignoble pour le peuple congolais. Alors Madame Arthaud, même si votre décision s'est faite dans un moment d'égarement, je suppose que vous savez lire. Vous partez pour trois semaines de croisière. Je dis bien croisière, l'aspect sportif de ce parcours est, comme l'aspect humanitaire, un sympathique morceau de pipeau.

Je me permets de vous suggèrer une petite liste de livres à apporter lors de votre promenade qui vous ferons comprendre que l'on peut parfois prendre des décisions mal réfléchies (non, non, ne me remerciez pas, c'est tout naturel. Je suis pour le réveil des esprits): 

  • Xavier Harel "Afrique Pillage à Huit Clos - Comment une poignée d'initiés siphonne le pétrole africain". Pour mieux comprendre qui se cache derrière les dirigeants du Congo que vous cautionnez en participant à cette course.
  • Vincent Hugeux "Les sorciers blancs - Enquête sur les faux amis français de l'Afrique". Pour bien comprendre ce qui anime des sociétés comme Sail Incentive. Aucune éthique, l'argent, l'argent et l'argent. Qui sont de ce fait des complices de la spoliation des peuples d'Afrique par des dirigeants corrompus aux services d'intérêts occidentaux.
  • François-Xavier Verschave "L'homme qui voulait soulever des montagnes". Pour comprendre que tout n'est pas perdu et que certains ont plus de sens critique que d'autres. Ce qui leur permet de lutter contre les 2 premiers types d'individus.

A la fin de ces trois livres, vous vous poserez certainement la question: dans quel groupe d'individus doit-on me ranger?

En complément de ces livres, je vous propose également d'emmener avec vous une sortie papier des images qui suivent.

Les villas que se construisent les membres du clan du Président Congolais (Faites donc une visite sur le site: Biens mal acquis).

 

Pour vous qui êtes une femme: une salle d'une maternité Congolaise où ne vont pas les femmes de la famille du Président. Elles vont toutes accoucher ou se faire soigner en Europe. Pour toutes les autres femmes congolaises, c'est la roulette russe dans ces maternités d'un autre age.

 

Et enfin, quand viendra l'heure de la remise du trophée final, pensez à ce classement de la qualité de vie paru récemment: sur 215 villes notées, Pointe-Noire arrive 211ème et Brazzaville 214ème (Merci à Bagdad de prendre la dernière place...). Cette année l'air marin est nauséabond. Mais ce n'est rien en comparaison des effluves de Brazzaville et de Pointe-Noire où le choléra sévi. C'est compliqué l'hygiène en l'absence d'eau courante. Surtout quand cela est aggravé par l'arrêt des pompes au moment des nombreux délestages d'énergie.

Votre petite balade d'européenne privilégiée risque d'avoir un goût plutôt amer pour les congolais qui vivent dans ces conditions. Ne vous laissez pas tromper, comme votre collègue de Broc, par les centaines de congolais qui viendront vous accueillir à votre arrivée à Pointe-Noire avec leurs grands sourires, les tee-shirt à votre effigie et les bravos. Au point où ils en sont, ils sont pour la plupart près à tout pour 1000 FCFA (1,5 €), boire une bière et avoir un vêtement neuf. Même à faire des courbettes à une championne inconnue d'un sport dont ils n'ont rien à cirer en ayant votre trombine en imprimé sur la poitrine.

Pour finir sur une note plus gaie: le seul avantage de cette course qui sent mauvais, c'est que Philippe Monnet en mer, il n'est pas au volant d'une voiture avec 3g d'alcool dans le sang sur nos routes ou le Paris-Dakar.

10/12/2006

Route de l'Equateur

Samedi 9 décembre - Je commence ma journée par une visite chez mon pote Gros Bill. J'ai besoin de quelques composants informatiques pour le noël de mes filles. Je décide de me rendre au point de vente de Thiais pour éviter d'avoir à tourner pendant des heures à Paris pour me garer à proximité toute relative de la boutique du boulevard de l'Hôpital. Je ne connaîs pas ce dépôt mais je connais Thiais. Supposant que la boutique se trouve dans la rue de l'alouette, je ne prends pas l'adresse ni le plan d'accès. Rue de l'alouette pas de grosbill. Je tente Belle-Epine. On y trouve un Darty et un Surcouf mais toujours pas de trace de GrosBill.

Je me résouds à demander chez monsieur kiloutou qui me dit tout. Grosbill est caché dans une impasse au fond de la zone industrielle. C'est impossible de tomber dessus par hasard. Conclusion, c'est très bête de chercher un magasin sans l'adresse.

Le retrait des commandes dans le dépôt de Thiais est aussi bien organisé qu'à Paris. Un mélange de FIFO, de LIFO et d'une pointe d'anarchie. Arrivent-ils à fidéliser leurs clients comme cela ? Mais pour une fois, je ne m'en sors pas trop mal contrairement à une femme pas très heureuse d'attendre 1h30 pour un composant et un monsieur assez agaçé de voir arriver son ordinateur en kit, pièce après pièce au rythme d'une pièce toutes les dix minutes.

Je prends la route pour Paris afin de me rendre au salon nautique. Cela commence par un embouteillage sur l'A6. A6a ou A6b même combat. De toute façon, je dois prendre le périphérique ouest. Pendant que nous roulons à 2 km/h, on a le droit de se ranger sur le côté pour laisser passer une délégation de voitures officielles précédées de motards. Une personnalité politique ou l'ennemi public numéro 1 ? On ne le sait pas car les vitres des véhicules sont fumées. Et puis peu importe, la différence entre nos élus souvent véreux et les chefs de la mafia est plutôt ténue. 

La circulation se fluidifie mais se rebouche sur le périphérique où une Austin Morris rouge a mis à terre un motard sur une moto jaune. Une fois à la porte de Versailles, c'est la quête aux places de parking. Tous les parking du parc des expositions sont réservés aux VIP. Je me trouve une place à Vanves, ça me permet de me dégourdir les jambes pendant 20 minutes pour rejoindre l'entrée du salon. Je ne suis pas VIP et je n'ai pas d'invitation. Je me soulage de 13 € pour l'entrée et je file directement vers le hall 1 où se trouve l'exposition dédiée aux voiliers. Les Class America sont à l'extérieur du bâtiment. Il y a deux splendides voiliers de compétition que l'on retrouve lors de l'america's cup: BMW Oracle Racing et AREVA Challenge.

On peut flâner entre les halls sans billet. Par contre pour entrer dans un hall, il faut un billet. On nous met alors un bracelet rose fluo particulièrement tendance. C'est un bracelet à usage unique qui permet de vérifier que l'on a bien une invitation ou un ticket payant et ainsi de visiter les différents halls sans problème. Il est impossible de le refiler à quelqu'un d'autre sans détruire le système de verrouillage. Cela me rappelle les bracelets que l'on met au nouveaux nés dans les hôpitaux. Ils doivent avoir la même destination, éviter les fraudes. Du genre, la dame et le monsieur qui trouvent que leur bébé n'est pas terrible. Du coup, ni vu, ni connu, je t'embrouille, ils l'échangent avec un autre bébé plus à leur goût. Avec les bracelets, c'est maintenant impossible. Cela évite aussi les erreurs de manipulation par les auxiliaires de puéricultrice qui sont tête en l'air.

Dans le hall 1, je commence par regarder les nouveautés sur les catamarans, dans les catalogues de Jeanneau, de Béneteau et des constructeurs anglo-saxons. Il y a vraiment des bijoux qui font rêver. Cela en restera au stade du rêve, ce n'est pas vraiment dans mes moyens. Je ne fais pas partie de la famille d'un dictateur d'Afrique Centrale et je ne vends pas de prestations à de tels individus. En parlant de cela, il est temps de faire un tour sur le stand de la Route de l'Equateur.

Voyons voir dans le catalogue du salon où se trouve le stand: course de l'équateur, rien, matondo congo, rien, Sail Incentive, rien, route de l'équateur, rien. On voit les pros du marketing. Des gens qui ont un stand mais qui ne veulent surtout pas qu'on les trouve. Je m'adresse au blondinet du stand "informations" après l'avoir laissé terminer un grand baillement qui montre l'enthousiasme pour sa fonction ou une nuit trop courte. Il m'oriente vers le secteur course qui est à l'opposé de l'endroit où je me trouve.

Le stand de matondo congo est dans un coin. C'est un stand de 30 m2 environ avec une grosse partie privée. Il y a une statue gigantesque de Rhode Bath-Schéba Makoumbou. La sculpture est une Africaine avec un cabat qui sert visiblement de poubelle aux visiteurs ou aux personnes du stand. Quand l'artiste va récupèrer sa statue, il faudra qu'elle vide son sac. Les 3 "congolaises" d'accueil sont regroupées dans un coin du stand. Je m'approche et lance un enjôleur "mboté na yo". Elles prennent le sourire de celles qui pensent: "c'est quoi ce demeuré ?". L'une est en communication avec son téléphone portable. Aucune des 2 autres ne profitent de mon lingala irréprochable pour enchaîner comme le ferait toute hotesse d'accueil normalement constituée en me demandant si je connais le Congo. Je doute fort que ces hotesses soient réellement congolaises comme le blog de Matondo l'affirme haut et fort. Elles peuvent aussi bien être d'Abidjan ou de Pointe à Pitre. J'entame alors un petit dialogue avec l'une d'entre elles après qu'elle m'ait répondu par "Bonjour" à mon "Mbote" :

-C'est quoi cette course ?

-C'est une course qui relie Marseille à Pointe-Noire au Congo... Brazzaville (Une légère hésitation qui montre qu'on lui a bien dit de toujours préciser)

-Et ?

-Ben, c'est tout. Posez-moi des questions !  (J'ai pourtant pas beaucoup de ressemblance avec Jean-Pierre Foucault et c'est une étrange façon de faire l'article sur cette course...)

-Il y a beaucoup de participants ?

-Non, il y en avait 5 la première fois.

-Et cette fois-ci ?

-On espère doubler le nombre de participants.

-C'est pas très connu comme course ?

-Non, c'est difficile au début. Le but c'est de développer le tourisme au Congo, de faire connaître le Congo aux entrepreneurs français et de faire de l'humanitaire en donnant du matériel pour les écoles. (Là, il manquait un fond de violon et de joueurs de pipeaux...)

-C'est tous les ans ?

-Non, tous les 2 ans. La prochaine c'est en 2007... Avril 2007...

-Il y a des skippers connus ?

-Non, pas trop. Cette année les bateaux sont des "Class 40" qui est une classe jeune.  

Là, j'ai préféré abréger mes souffrances. Je quitte les hôtesses Congolaises à leur plus grand soulagement. La troisième étant toujours au téléphone.

Il y avait, à 2 pas de là, un stand intéressant avec un vrai concept original: Rames Guyane 2006. C'est une course qui relie Saint-Louis du Sénégal à la Guyane en aviron. J'ai récupéré une belle plaquette qui présente la course. Cette plaquette bien faite m'a donné l'idée de retourner sur le stand de Sail Incentive pour récupérer une plaquette. Je me pointe, les 3 hotesses se sont volatisées. Il y a, dans la partie privée interdite d'accès, uniquement 2 gars qui jouent au foot sur une Xbox et une fille qui parle avec un troisième. Je m'installe devant l'écran où passent les images de l'arrivée 2005 dans lesquelles on voit Sassou lever constamment les bras comme s'il avait lui-même gagné la course. Aucune des personnes de la partie privée du stand ne fait un geste pour s'enquérir des gens qui passent sur leur stand. On sait recevoir chez Sail Incentive ! Visiblement plus l'argent des dictateurs qui détournent les revenus du pétrole que les curieux qui veulent en savoir plus sur la Route de l'Equateur, Matondo Congo ou Sail Incentive. Puiqu'il n'y a personne pour s'occuper des visiteurs et que j'en ai marre de voir la trombine de Sassou se faire applaudir par des Congolais à qui ses hommes de main ont payé une bière, je fais un petit tour sur les stands de région.

Sur le stand de Marseille, il y a un animateur pour qui le mot incentive veut réellement dire quelque chose. Il ressemble à Thierry Lhermitte et prend aussi ses intonations. Il vante les mérites de Marseille. Quelle surprise, il ne parle pas de la route de l'Equateur qui n'est clairement pas un événement dont les marseillais sont fiers où qui n'apporte rien pour attirer les touristes aux pieds de la Bonne Mère à déguster une bouillabaisse.

Après avoir fait un grand tour sur des stands où l'on sait décliner le terme incentive, je retourne sur le stand de Matondo. Les trois hôtesses sont revenues et déjeunent tranquillement toutes les 3 ensemble. C'est la notion de permanence par Sail Incentive. Pourquoi ce stand est-il autant à l'image du commanditaire de la Route de l'Equateur ? Il y a bien quelques visiteurs qui attendent pour poser des questions et en savoir plus sur cette course inconnue. Mais cela ne les perturbent pas dans leur dégustation. Il faut se faire une raison. Les seules plaquettes disponibles sur ce stand viennent des autres stands alentours. Les hôtesses sont out of work pendant leur déjeuner. Les membres de sail incentive qui sont dans la partie privée ne sont visiblement pas là pour prendre leur relais. Etrange façon de faire de l'incentive. Je fais comme les autres visiteurs qui attendaient vainement que l'on s'occupe d'eux, je m'en vais. 

Cela confirme bien que la Route de l'Equateur n'est qu'une nouvelle invention pour permettre aux habitués du régime Brazzavillois de s'en mettre plein les poches au détriment de la majorité des congolais qui crèvent la dalle. Il ne faut tout de même pas prendre les congolais pour des imbéciles. Pour distribuer 3 cartables et 10 moustiquaires aux déshérités Congolais, le meilleur moyen est-il d'organiser une course dont le prix pour le vainqueur est de 400 000 € ?  Une course qui a nécessité de construire un village pour les skippers et les organisateurs qui est utilisé 2 jours tous les 2 ans et interdit d'accès le reste de l'année par des vigiles armés ? Une course dont le comité d'organisation est constitué des membres de la famille du Président voyageant aux frais de la princesse ?

La route de l'équateur est, comme le mausolée de De Brazza, une nouvelle humiliation pour le peuple Congolais. Sail Incentive est simplement une entreprise française complice de cet acharnement contre le peuple congolais. Cette entreprise recrutant beaucoup en ce moment, il ne fait pas de doute que le gouvernement congolais de Sassou est toujours aussi généreux envers ses griots. Générosité qui est inversement proportionnelle à celle qu'il a pour son propre peuple affamé par son incompétence extrême et polymorphe. 

La Route de l'Equateur n'est ni une course humanitaire, ni un concept innovant pour développer le tourisme au Congo et le faire connaître. En effet, si vous voulez faire une épreuve sportive qui développe le tourisme au Congo, vous ne faites pas une épreuve ou l'équipement nécessaire vaut entre 250 000 et 350 000 € alors que ce pays a tout fait pour être reconnu comme un des plus endetté malgré le pétrole qui coule au large de Pointe-Noire et qui ne profite qu'à la famille Sassou ou des entreprises françaises comme Sail Incentive.  C'est dommage pour les hôtels de luxe que la famille Bongo-Sassou achètent avec l'argent qu'ils ont pillé dans les caisses des Etats Congolais et Gabonais.

Vous voulez être innovant et faire découvrir le Congo ? Faites une course à la rame depuis Bangui jusqu'aux rapides en aval de Brazzaville. Cela ferait découvrir le vrai Congo et donnerait la chance à un Congolais d'être vainqueur de l'épreuve. Il sont très entrainés. Avec le gouvernement d'incompétents actuel, les ressortissants congolais ont plus l'habitude de ramer que de mettre les pieds sur un voilier à 350 000 € pièce.

Si vous aussi vous êtes contre une course qui n'a été construite que pour humilier le peuple congolais, vous pouvez laisser votre commentaire ici : Non à la Route de l'Equateur

03/07/2006

Les professionnels de l'eau salée ne craignent pas l'argent sale

Le tour de France en bicyclette vient de débuter. Il tiendra en haleine des millions de téléspectateurs à travers le monde, malgré les soupçons fondés de dopage qui planent au-dessus de la majorité des coureurs cyclistes. En parallèle, un autre tour de France débute lui dans l'indifférence générale, n'intéressant finalement qu'une poignée de personnes sur la façade maritime française et sur les bords du lac Léman. Il s'agit du tour de France à la voile dans lequel on retrouve dans la catégorie professionnelle un voilier Congolais. La République du Congo est en train de s'affirmer simultanément comme la première nation Africaine dans les sports nautiques coûteux et comme le premier pays au monde dans la construction de monuments aux morts également très coûteux.

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25/06/2006

Une longue histoire sur l'eau salée

Un peu d'embruns, de vagues, d'eau salée, de police maritime, d'insconscients et de voileux

Le 23 Août 2002 restera à jamais gravé dans ma mémoire comme un des moments les plus angoissants de mon existence.

Le port de pin rolland à Toulon


Quelle idée m'était passée par la tête quand je m'étais mis à apprécier la voile ? J'avais d'abord fait plusieurs week-end avec mon CE. Je suis passé ensuite à des croisières de 10 jours sur un ancien voilier qui participait dans le temps à la transat anglaise. En 2000, je rallonge encore la durée des expériences maritimes. Nous faisons cette année là une première croisière de quinze jours en méditerranée avec un couple d'amis marseillais rencontrés sur les pistes de ski de la station de Luc Alphand.

Notre itinéraire comprend Porquerolles, Port-Crau, Port-Grimau, Cannes, les îles de Lerins et le retour sur Toulon en nous arrêtant de nouveau dans les différentes îles. Quelques souvenirs avec Christophe qui nous a chassé une murène entre l'ile Saint Honorat et l'ile Sainte Marguerite. Nous nous faisions une joie de la déguster au dîner ce soir là. Quelle déception, tant la bête était immangeable car bourrée d'arêtes. Mais le souvenir le plus comique étant le sauvetage que nous avons effectué en revenant de Saint Honorat.

Le même bateau qu'Heloise amarré dans le port principal de Porquerolles


Je vous décris le tableau. Nous sommes au près, sur notre tribord un couple de personnes d'un age avancé nous fait des signes désespérés. Nous enclenchons le moteur et affalons les voiles pour faire une manoeuvre d'approche de ces étonnants personnages. Ce couple est sur un voilier mais ils ne savent pas s'en servir. Ce qui est fort problématique car leur moteur vient de les lâcher. Nous lançons un bout pour que le septuagénaire le rattrape avec la gaffe. Au bout de plusieurs essais infructueux, il réussit enfin à s'en emparer. Malgré notre consigne de passer le bout par le chaumard, ils s'y mettent maintenant à deux pour tenir le cordage sans l'attacher nulle part. Le monsieur nous demande alors de les tracter jusqu'au Yachting Club en nous précisant qu'il en est le président. Nous ne relevons pas. Par contre, nous n'en pensons pas moins. Une fois dans le port, il lache le cordage et avec l'inertie l'embarcation se dirige vers une place libre. Nous jetons un dernier regard pour voir qu'ils viennent de perdre leur gaffe dans la mer et qu'un groupe de personnes arrive à leur rescousse. Nous nous éclipsons en abandonnant monsieur le Président à une fin de sortie bien ridicule.

La dernière annecdote significative de notre croisière intervient dans un des derniers jours. Nous sommes au mouillage devant une grande plage de Porquerolles. Nous ne sommes pas les seuls. Une bonne trentaine de bateaux sont à l'arrêt dans notre zone. Christophe décide de partir faire son commandant Cousteau dans les alentours. Il met sa combinaison et s'en va faire un peu d'apnée vers un bloc de rochers. Pendant que leur fils et ma fille jouent, nous entâmons une discussion avec la femme de Christophe. Une poignée de dizaine de minutes passent. Soudain, la police maritime arrive et demande à l'ensemble des bateaux de notre secteur de quitter les lieux.

Nous faisons la sourde oreille et cherchons des yeux Christophe. Il est impossible à repèrer. Nous tentons de discuter avec les policiers mais ils ne sont pas d'humeur. Ils nous expliquent que nous nous trouvons sur une zone de taxifolia. Cette algue tueuse détruit peu à peu l'écosystème méditérranéen en se substituant à la posidonie. Nous n'avons pas le choix. Nous démarrons le moteur et partons plus loin. J'imagine en souriant la tête de Christophe s'il sort la tête de l'eau au moment où son bateau part avec sa femme et son fils...

Cela était vraiment très drôle à part le fait qu'une fois repéré le tueur de murènes, il ne me restait plus qu'à prendre l'annexe et à ramer pour aller le rechercher.

sailing,voile,photo


Des marins privés de mer

Après cette première longue croisière, j'ai laissé passer 2 ans avant d'attaquer cette épique épisode de 2002. L'été 2001, j'ai continué dans des aventures nord-africaines par un petit périple en Tunisie. Mais cela est une autre histoire...

En 2002, nous descendons à Marseille en avion depuis Paris pour rejoindre nos compagnons d'aventure. Nous nous rendons à Toulon pour préparer le bateau et nous occuper de l'avitaillement. La femme de Christophe étant enceinte de 6 mois, une règle d'or est adoptée : nous ne ferons pas de navigation au-delà de force 5. Nous prévoyons cette fois-ci de descendre jusqu'à Barcelone et pour partir dans les meilleurs conditions nous préfèrons attendre un vent favorable. Durant cinq jours le vent vient de l'ouest et la houle est importante.

Maintenance des feux du haut du mât

Nous en profitons pour faire la maintenance des feux qui se trouvent en haut du mât. C'est toujours amusant de faire un peu l'équilibriste. Ai-je destabilisé la balise Argos dans les différentes opérations effectuées là haut ?

Baie de Toulon vue des hauteurs

Nous faisons également du Karting sur la presqu'île de Giens. J'ai découvert à cette occasion qu'ils fabriquaient des karts à 2 places. Ceci m'a permis de faire quelques frayeurs à ma fille en véritable père indigne que je suis. Nous faisons également des ballades sur les hauteurs pour avoir une magnifique vue sur Toulon et Saint-Mandrier.

Mais à force, le trampoline, les ballades, le karting et les acrobaties diverses sont des activités lassantes quand on est venu pour faire de la voile. Cependant le constat est vite fait. Même dans le port, l'eau est fortement agitée. Ce qui laisse imaginer ce qui se passe au large ! Nous avons une règle d'or à tenir. Il n'y a que cela qui compte. Nous ferons également une sortie ciné pour voir MIB II.

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Un voilier au moteur qui ne tient pas la distance

Finalement après 5 jours d'attente, le vent tourne. Il n'est pas portant mais nous évitera de multiplier les virements de bord. Nous décidons de faire une très longue première étape. Nous partons de Toulon et visons Palavas Les Flots. Nous ferons une navigation de nuit pour y arriver. Nuit qui nécessitera une certaine concentration car nous sommes au large de Fos Sur Mer alors qu'il fait déjà nuit. Il faut être attentif aux sorties des Tankers et à la houle croisée engendrée par l'arrivée des eaux du Rhone en méditérannée. Nous gardons cependant un oeil sur le magnifique ciel étoilé de ce mois août. Les choses se passent sans encombre. Christophe et moi nous partageons les quarts à la barre. Le lendemain le vent disparaît complètement. La mer est étale. La fin de l'étape au moteur est interminable. En fin d'après-midi nous amarrons condiments* dans le Port de Palavas les Flots. Le restaurant tournant nous surplombe. Nous décidons d'y prendre notre dîner et par chance nous y trouvons une table sans avoir réservé, ce qui est visiblement un exploit.

Restaurant tournant de Palavas les Flots


Le lendemain nous réduisons la longueur de l'étape pour rejoindre le Cap d'Agde. Nous enchaînons ensuite sur une étape plus longue pour rejoindre Argelès (Nous visions plutôt Collioure ou Port-Vendres mais à cette époque de l'année les places de port sont rares). Nous sommes un samedi. Nous prévoyons de passer la frontière espagnole le lendemain.

C'est avec envie que nous appareillons le dimance matin pour passer le cap Cerbère. Nous sortons du port au moteur. Je suis dans la cabine pour préparer la navigation. Les enfants finissent leur petit déjeuner sur la table du carré. Soudain Christophe nous crie de sortir. Nous sortons tous, le moteur est coupé mais une fumée pas sympathique s'échappe du caisson moteur. Nous voilà donc sans moteur. Nous laissons dériver un peu pour jeter l'ancre en dehors du passage d'entrée et de sortie du port. Après avoir pris contact avec les autorités du port, nous nous faisons remorquer à quai.

Un dimanche même en plein été c'est plutôt difficile de trouver un mécano ou alors déjà fort chargé. En fouillant dans les pièces de rechange que nous avons à bord, nous trouvons un rotor de la pompe à eau de mer. La documentation nous informe que c'est une pièce fort fragile. La présence à bord de cette pièce laissée par le précédent propriétaire nous suggère que nous devons tenir la pièce stratégique. Les discussions avec nos voisins d'amarrages nous confirment cette hypothèse quand nous évoquons les symptômes de la panne moteur. Malgré l'inaccessibilité de cette partie du moteur nous nous mettons au travail pour changer la pièce déficiente. Quand nous sortons la pièce précédente nous sommes certains d'avoir résolu notre problème. Le rotor en place a perdu quelle pales qui devaient avoir une certaine utilité. Une journée de navigation de perdue et trois heures d'expérience mécanique en plus.

La frontière espagnole sera pour le lundi.

Le temps se fait court

C'est dans un temps britannique que nous hissons les couleurs espagnoles. Nous n'y voyons pas à 10 mètres. Le vent est faible. Le silence est pesant. Il est parfois interrompu par le bruit d'un hors-bord lancé à pleine vitesse. Nous nous attendons à chaque fois à nous faire découper en deux par un abruti qui ne se contente pas d'être un meurtrier potentiel sur route mais également sur mer.

Port de la Selva


Finalement, nous atteignons le port espagnol qui devait être notre première étape dans ce pays (Port de la Selva).

medium_port_de_la_selva.jpg


Musée Dali à FiguerasLe retard du départ, les ennuis avec le moteur, le manque de vent et l'anticipation du retour à Toulon nous obligent à restreindre nos ambitions. Nous ne pourrons pas atteindre Barcelone sans risquer de ne pas être de retour pour l'avion de Paris que nous avions réservé. Nous sommes descendus jusqu'à la Escala en passant devant Cadaquès (Village de bord de mer rendu célèbre par Salvador Dali). Après avoir cherché chez plusieurs loueurs, nous avons trouvé une voiture pour 3 jours. La première journée, nous nous sommes rendus à Figueras pour visiter le musée Dali.

Musée Dali à Figueras


Le lendemain nous nous rendons à Barcelone pour y visiter plusieurs sites où l'empreinte de Gaudi est dorénavant indélébile.

La visite de Barcelone est en images. J'ai créé un album qui reprend quelques photos des oeuvres de Gaudi, en particulier la Sagrada Familia. Il y a aussi quelques photos du parc que l'on voit dans le film "L'auberge Espagnole" de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Cécile de France, Audrey Tautou et Judith Godrèche entre autres.

Album Photo : Barcelone (2002)

C'est maintenant que l'affaire se gâte avec la météo qui se dégrade

medium_11111.jpgLe 22 août, nous faisons d’une traite Port-Vendres à Port-Camargue, il n’y a pas de vent et nous finissons au moteur et nous amarrons à la station service du port à 1 heure du matin. A 6 heures du matin des coups de pieds dans la coque nous réveillent. Le gérant de la station service nous fait comprendre qu’il faut que nous décampions. A moitié endormis, nous appareillons sans avoir pu prendre la météo. Nous voilà partis dans un épisode très angoissant. Le début de la navigation commence tranquillement sans réel souci. Les bulletins météos pris à la radio n’annoncent rien de particulièrement inquiétant. Pourtant dans la matinée le ciel à l’horizon commence à se couvrir de nuages menaçants qui ne présagent rien de bon. Nous décidons de nous équiper quand il devient clair que nous nous dirigeons droit sur un grain. Nous ne nous doutions pas, alors qu’il était 11 heures du matin, que nous allions garder nos harnais pendant les 13 heures suivantes.

Le premier grain passé, un second lui succède, puis un suivant jusqu’à réaliser que nous sommes en pleine tempête. Nous sommes à la voile, nous faisons bord sur bord en face des Saintes-Marie de la Mer et ses bancs de sable. Je descends fréquemment pour faire le point à la table à cartes. Nous avons beau faire, nous n’avançons pas. Pire, les éléments contraires nous ramènent d’où nous venons. Pendant une à deux heures nous nous entêtons à rester toilé. Nous sommes encouragés par la vision d’un autre voilier luttant lui aussi avec les éléments. Le vent ne cesse de forcir. Nous avons rencontré le premier grain à force 6-7. Nous en sommes maintenant à 7-8 beaufort.

Nous ne voyons plus l’autre bateau, compagnon d’infortune dans cette mer déchaînée. A-t-il renoncé ? Est-il parti plus au large pour s’écarter des bancs de sables ? Nous ne le saurons jamais. Nous décidons de ne pas renoncer mais de changer de stratégie. Nous allons continuer au moteur avec 2 ris dans la grand-voile. Pourvu que le rotor de pompe ne nous lâche pas une nouvelle fois. Nos talents de mécaniciens étaient-ils suffisants ?

Nous inversons la tendance, à la carte je constate que nous gagnons péniblement dixième de miles par dixième de miles. Mais le vent continue de forcir pendant le reste de l’après-midi. La nuit commence à tomber et nous n’avons pas atteint le point critique de Fos sur Mer. L’endroit où l’arrivée du Rhône et la houle se conjuguent pour donner une mer si difficile. Je continue de faire fréquemment le point. A chaque descente dans la cabine, je dédramatise la situation auprès des enfants et de la femme de Christophe qui ne doit pas être dupe. Quand nous sommes à force dix, je demande à Christophe quelles solutions de replis il y a. Sa réponse me glace le sang, les seuls ports possibles sont à Marseille. Marseille est à 30 miles nautiques après Fos. L’autre alternative c’est la fuite, à savoir se laisser porter par le vent vers notre point départ. Ce qui en fait nous ramènerait à Sète avec une forte probabilité de nous échouer sur un banc de sable. Je tente de contacter le CROS pour me renseigner sur les évolutions de la météo et au moins signaler notre position, impossible de les joindre. Nous apprendrons le lendemain que leur émetteur était tombé en panne à cause de la tempête. Pour couronner le tout Christophe me montre l’étui ouvert de la balise Argos au sommet du mât. Nous continuons d’avancer à raison d’1 ou 2 miles par heure.

La situation est stressante. Parfois Christophe me fait remonter en urgence pour choquer la grand-voile alors qu’une rafale couche notre frêle embarcation. Je surveille la jauge à carburant car la capacité de notre réservoir ne nous permet pas d’atteindre Marseille sans ravitaillement. Je devrais dans un tel déchaînement de vagues me rendre à l’avant du bateau avec un bidon de gasoil pour remplir le réservoir. Cette perspective m’enchante peu. Mais Christophe étant à la barre, il n’y a que moi pour cette tâche. Après avoir de nouveau surveillé notre niveau de carburant, je calcule notre route vers le port de Pointe-Rouge. Mes calculs m’indiquent que le cap que nous tenons nous permet de passer tout droit vers le port en laissant le phare du Planier à tribord et les îles du Frioul à bâbord. Nous avons finalement un peu de chance dans cette tempête. Même si Christophe est sceptique sur ma navigation, craignant que nous nous approchions trop du phare ou des rochers qui entourent les îles. Je suis pour ma part serein sur mes calculs.

Alors que je suis une nouvelle fois en cabine, Christophe me crie violemment : « Patrice, tu t’es planté ! ». Je remonte précipitamment. Alors que le bateau émerge d’une vague, des lumières sont apparues droit devant nous à quelques centaines de mètres. Vers quelle terre allons-nous nous écraser ? Est-ce un mauvais calcul de ma part ? L’Atlantide est-elle en train de réapparaître devant notre frêle esquif ? Soyons rationnels, tout cela n’est que le fruit de notre imagination. Quand nous observons que ces lumières sont en mouvement nous réalisons notre erreur de jugement. C’est un super Tanker qui a quitté Fos et qui suit tranquillement sa route comme si les creux, qui m’impressionnent tant, n’existaient pas. Nous ne savons pas s’il nous a vu mais sa vitesse était suffisante pour que nous croisions son sillage plutôt que nous nous fassions déchiqueter par sa coque métallique. C’est une nouvelle frayeur dans cette journée déjà bien chargée.

Nous n’avons pourtant pas de répit, la jauge arrive à un seuil critique. C’est le moment de prendre son courage à deux mains et d’aller remplir le réservoir dont l’accès se trouve au milieu du pont. Plus tôt dans la soirée, j’avais recherché une autre embouchure. Sans succès, le seul point d’entrée se trouvait au milieu du pont. Nous commençons par déterrer le bidon de gasoil qui se trouve dans les équipées du cockpit sous une masse de bouts, de matériels de plongée et de pêche. Cela a déjà été une sacrée prouesse, vu les circonstances. J’écoute d’une oreille distraite et fatiguée les explications sur le fonctionnement du système de remplissage. Trop distrait, une fois au milieu du pont, je monte le système à l’envers. Christophe est furieux. Je rectifie rapidement l’erreur avant que de l’eau salée ne puisse s’introduire dans le réservoir ce qui serait une catastrophe pour notre moteur et par la même occasion pour notre destination finale. Me voila en équilibre au milieu du pont, mon dos protège l’ouverture de l’eau qui s’écrase sur moi. Le réservoir met un temps infini à se remplir. Mais l’opération est menée à son terme sans conséquence néfaste.

Finalement, ma route était bonne. Nous laissons le phare du Planier à tribord comme prévu. Quelques instants après nous longeons les masses sombres du frioul. Nous sommes en baie de Marseille. C’est sans doute l’une des rares fois où un parisien a été si content de voir les lumières de la ville phocéenne. Voila enfin les petites lueurs vertes et rouges qui marquent l’entrée du port de Pointe-Rouge. Dans la baie la force du vent est plus faible. L’angoisse est terminée, nous sommes arrivés à bon port. Nous prenons la première place inoccupée que nous trouvons. Il y avait peu de chance que l’on vienne nous en déloger par le temps qu’il faisait.

La femme de Christophe et les enfants montent à l’appartement de Marseille. Nous sommes plus que 2 sur le voilier. Je vais chercher le journal pour voir ce qu'ils racontent sur cette tempête. Je découvre que nous n'étions pas les seuls dans la panade.
le Kalinga à Marseille après la tempête


Nous ne sommes plus que 2 sur le voilier. Le hors-bord (un « promène-couillons » comme l’appelle les voileux que nous sommes) à qui nous avons pris la place, se présente pendant leur absence. Au moment où nous longeons le quai nous apercevons les enfants. J’attrape le ravitaillement en marche. Direction le port d’attache de « condiments ». Encore une journée de mer alors que nous sommes complètement épuisés. Nous avons beaucoup d’heures de sommeil à rattraper. Le temps sera bon pour nous, même si à plusieurs reprises nous observons de violents orages dont la route évitera finalement la notre.

Maintenant quand je regarde la scène finale du film "En pleine Tempête", c'est avec des frissons que je suis des yeux le bateau qui escalade la vague fatale.