17/09/2006

Même moche, a-t-on le droit à des relations sexuelles ?

Un titre un peu étonnant dans ce blog mais vous allez comprendre pourquoi dans la suite.  

Matthieu avait lancé un petit challenge sur son blog. Il fallait écrire un texte de 500 mots maximum avec le seul impératif suivant: que le texte commence par la phrase « ce n’est pas parce qu’elle est moche qu’elle n’a pas droit à des relations sexuelles » ou qu'il finisse par « pardonne-moi ma chérie, maman n’a pas assez de courage pour mourir avec toi » (pour la seconde phrase, Matthieu précisant qu'elle avait été dite par une femme à Hiroshima alors que sa fillette de 6 ans était coincée dans des décombres et que le feu approchait).

Je suis le premier à dire à ma fille de bien suivre les consignes à l'école et le dernier à appliquer ce bon conseil. J'ai donc pondu un texte qui débute par la 1ère phrase proposée et qui fini par la seconde. Ma mauvaise lecture a rendu l'exercice plus difficile mais bien plus amusant à faire. Voila donc ce texte. Remarque: J'ai remanié un peu le dernier paragraphe par rapport au texte que j'ai proposé à Matthieu.  

« Ce n’est pas parce qu’elle est moche qu’elle n’a pas droit à des relations sexuelles » affirmait de nouveau Marcel à Fernande. C’était un sujet récurrent dans la maisonnée. Même si Fernande n’y attachait pas une importance capitale. Pour Marcel, il fallait absolument y remédier.

C’est vrai que leur Marguerite n’était vraiment pas terrible. Elle avait des yeux bovins ce qui était de famille. Par contre, ce qui tranchait avec le reste de la lignée, c’est qu’elle était famélique. La peau laissait apparaître les os. Marcel et Fernande se reprochaient souvent de l’avoir rendu anorexique par une nourriture de mauvaise qualité. Malgré sa frêle silhouette, ses membres inférieurs étaient tout tordus comme les vieilles branches moussues qui jonchent la forêt de Brocéliande. Globalement, leur Marguerite était franchement difforme et ne ressemblait à rien d’humain. Ils avaient naïvement espéré que cela ne nuisent pas à sa découverte des choses de la vie.

Erreur ! Malgré la présence de nombreux males dans son entourage et l’air campagnard qui agit comme un catalyseur de libido, aucun ne l’avait encore honorée. Marcel ne pouvait réellement pas se faire à l’idée que sa Marguerite puisse finir sans jouir au moins une fois de sa qualité de femelle. S’il fallait payer, il le ferait ! Au moins une fois.

 Un lundi où il faisait moche, c’est paradoxalement tout guilleret qu’il rentra à la maison pour annoncer à Fernande : « C’est bon, il est arrivé. Il est d’une bonne taille. Allons-y de suite ».

Une fois sur place, Marcel a déballé le gros colis qu’il venait de recevoir.

Que soit béni le jour où il l’avait isolé parmi les spamms qu’il recevait chaque jour pour lui vanter les mérites du viagra, des développeurs de pénis ou des sites de superbes créatures trop pauvres pour se payer des vêtements.

Ce mail qui, malgré son anglais rudimentaire, lui avait sauté aux yeux : « The best sexual experience with your animals or pets ».

Les dessins n’étaient pas clairs. On ne savait pas toujours qui faisait quoi sur la figure. Mais cela vantait les mérites d’une bouteille miracle pour la meilleure « expérience sexuelle des animaux » avait-il rapidement traduit.

Marcel avait commandé ce produit miracle contre remboursement. Il ne laisse, par principe, jamais son numéro de carte bleue sur internet. Précaution judicieuse, même si comme lui on n’a pas de carte bancaire. On n’est jamais trop prudent.

Une fois dans le champ, il a versé la totalité de la petite bouteille sur Marguerite. Tous les taureaux du troupeau se sont précipités sur elle avec une érection démesurée et solide. Pendant que Marcel s’interrogeait : « Pourquoi un si gros colis pour une si petite bouteille », ce fut la curée.

Fernande ne tentait rien pour retenir les mâles. Dans un dernier meuglement de plaisir, Marguerite a quitté ce monde avec un dernier regard bovin vers celle dont les yeux semblaient dire : « pardonne-moi ma chérie, maman n’a pas assez de courage pour mourir avec toi ».