13/11/2006
Sassou sur TV5 - Europe 1 (9)
Episode 9: Sassou et les flux migratoires
Journaliste: Vous parliez à l'instant de l'Europe. L'Europe qui s'étend à l'est. On parle même de l'Ukraine aujourd'hui. Est-ce que vous n'avez pas le sentiment que, euh, en tout cas c'est ce que disent certains de vos collègues chefs d'Etat, que cette extension à l'est nuit un peu au fond à une solidarité vers l'Afrique, vers le sud. Est-ce que vous, vous ressentez ça ?
DSN: Bon, nous.. nous, pensons que l'Europe, euh, fait son développement en tenant compte, euh, euh, de ses propres réalités et qu'elle s'étende, euh, à l'est ou pas. Ce que nous attendons, c'est qu'il y ait une réelle politique, euh, vis à vis de l'Afrique qui soit une politique de développement. Nous ne croyons pas que les, les barrières qu'on émet, qu'on met ici et là, les barbelés [Sassou a une façon amusante de dire barbelés...], les patrouilles en mer, si l'Afrique devait avoir 1 milliards et demi d'habitants d'ici là, et que ces solutions seraient valables s'il n'y a pas un réel développement de l'Afrique et il y a des pays africains qui ont 60% de leur population de moins de 20 ans. Et ces jeunes là... ils viendront en Europe.
Journaliste: Comment vous réagissez lorsque ces jeunes aujourd'hui meurent le long des côtes de l'Espagne par exemple. Comment est-ce que vous en charge de l'Union Africaine vous vivez ces drames quotidiens ?
DSN: C'est, c'est tragique. C'est ce que je décris, c'est parce que il n'y a pas le développement en Afrique. Et ces jeunes ne peuvent pas, euh, euh, rester en Afrique et si en plus de cela il y a le mirage des télévisions, on montre la France comme le Paradis. Paris, avec le, la mondialisation (?) ... Londres. Et s'ils n'ont pas d'avenir en Afrique. Je ne vois pas comment on pourrait les empêcher.
Journaliste: Mais certains de ces jeunes disent aussi qu'ils fuient des pays sans perspective démocratique, y'a pas que l'économie ?
DSN: Mais les 2 vont ensemble, les 2 vont ensemble...
Journaliste: L'emploi et la démocratie ?
DSN: ...les deux vont ensemble.
Journaliste: On dit même que certains présidents les laissent fuir car finalement c'est autant d'opposants qu'ils n'auront pas chez eux.
DSN: C'est faux. C'est 100% faux. C'est 100% faux.
Journaliste: Pourquoi vous le dites ?
DSN: Par ce que je connaîs des chefs d'Etat qui ont décidé dans des accords bilatéraux. Qui ont décidé que ces jeunes reviennent dans leur pays. Donc, ils n'ont rien fait pour qu'ils partent.
Journaliste: Quand vous entendez ici, parler d'immigration choisie, voulue, partagée, concertée qu'est-ce que cela vous fait ?
DSN: Ben, vous voyez bien que c'est à l'opposé de, de ce que j'ai dit tout à l'heure. Parce que je propose un réel programme de développement pour l'Afrique. Et pour que les jeunes restent, euh, en Afrique et bon, ceux qui pourraient partir, euh, dans d'autres pays, euh, qu'ils ne soient pas comme des malpropres, non, mal reçus là où il vont et qu'ils soient reçus avec un minimum de... délicatesse (?)
Journaliste: En tant que Président de l'Union Africaine, est-ce que vous sentez qu'il y a à l'intérieur même du continent Africain des migrations de population ? A la fois de la migration et de l'immigration ?
DSN: Oui. A l'intérieur du Continent. Oui même voulue, pourquoi pas. Les populations passent d'un pays à l'autre et il faut aussi dans le cadre, euh, euh, de notre programme d'intégration économique sous-régional. Y'a des programmes qui permettent ces libres mouvements de, euh, population et... de biens.
Journaliste: Est-ce que vous comprenez, bien sûr, il y a le devoir de développement, qu'il y ait certains Etats Européens, etc..., un devoir de contrôle de leurs frontières ? Euh, euh, et de police à l'égard des filières de bandits, parce qu'il y a en même temps ces trafiquants et ces passeurs. Est-ce que des 2 côtés, du côté africain et du côté européen, il ne faut pas être plus sévère, euh, à l'égard de ceux qui se comportent comme à l'époque de la traite des noirs ?
DSN: Ouais, je ne dis pas que l'on aura mis fin, euh, aux voyous, aux bandits, aux criminels. Ben de là, à considérer des milliers de jeunes qui, euh, vont aux îles Canaries ou qui meurent, euh, euh, à Gibraltar, de là à les, les confondre aux vulgaires bandits.
Journaliste: Ah non pas eux! Pas eux ! Pas eux! Ceux qui s'occupent des filières, ceux qui s'en servent, qui leur font miroiter ce que vous avez dit vous-même, le Paradis...
DSN: Ce sont des criminels. Je parle des criminels. Ceux-là ce sont des criminels, ils doivent être traités comme tels.
A suivre... Episode 10: Sassou, les financements innovants et les préjugés (Mercredi 15 Novembre)
00:15 Publié dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sassou, émigration, noyade, démocratie, économie, françafrique





