29/04/2007

Les institutions financières internationales sont-elles peuplées de crétins ?

C'est la question que je me pose quasiment à chaque sortie d'un rapport du FMI sur la République du Congo. Le site du FMI vient de publier la NIP (Note d'Information au Public) sur la revue au Congo dans le cadre de l'article IV des statuts du FMI*. Cette NIP étant une synthèse d'un rapport plus complet qui peut être diffusé au public si le pays en donne l'autorisation. La République du Congo ne donne visiblement pas cette autorisation. La transparence a ses limites...

Le document n'est pour le moment disponible qu'en anglais. Il est prévisible que la version française ne soit pas disponible avant le simulacre d'élections législatives de juin prochain au Congo. Les informations que l'on y trouve sont pourtant importantes pour les électeurs congolais puisqu'une nouvelle fois encore, la gestion économique du clan Sassou fait preuve de son incompétence et hypothèque gravement un redressement futur du pays. 

L'équipe du FMI note que les deux années 2004 et 2005 étaient globalement satisfaisantes. Remarque qu'il faut comprendre en se mettant à la place du FMI. Le point de vue du FMI étant toujours à des années lumière de ce que ressentent les habitants d'un pays qui vivent toute l'année dans leur misère alors que les hauts fonctionnaires internationaux viennent passer une journée dans les hotels luxueux pour collecter les données leur permettant de dresser l'état économique d'une nation. Par contre, pour 2006 c'est la débandade. La croissance reste forte (6.1%) mais cela n'a rien à voir avec une bonne gestion de l'équipe au pouvoir puisque cette croissance est tirée essentiellement par le prix du baril de pétrole. L'inflation (8.2%) est au-delà du taux de croissance à cause des dérapages budgétaires du gouvernement et des interruptions de trafic ferroviaire. 

Mais le plus inquiétant concerne la dette. Le Congo, grace à l'intervention appuyée des administrateurs français, a obtenu plusieurs annulations de dettes et l'intégration du pays comme Pays Pauvre Très Endetté. Cela était un ballon d'air frais pour le pays puisque le service de la dette redevenait soutenable. Malheureusement le Congo a récupéré à sa tête celui qui est à l'origine de l'accélération de la dette pendant les années 80: Denis Sassou Nguesso. Chasser le naturel, il revient au Congo.

Pendant que les vieilles dettes sont effacées, le gouvernement Sassou a appuyé sur le champignon pour en générer de nouvelles (Debt relief has improved the external debt indicators, but accelerated new borrowing could undermine debt sustainability. Following debt relief granted by the Paris Club creditors and multilateral creditors, the debt stock declined to 86 percent of GDP in 2006 from 213 percent of GDP in 2004. However, recent new external borrowing commitments of $829 million as of end-2006 could jeopardize debt sustainability.)

Faudra-t-il que le FMI crée un programme PPDE (Pays Pauvre Définitivement Endetté) spécialement pour le Congo ?

 

Il faut que l'électeur Congolais comprenne rapidement que compter sur Sassou pour gérer l'économie du Congo revenait à vouloir confier la présidence d'une multinationale de la pharmacie à un toxicomane récidiviste dont toutes les cures de désintoxication ont échouées.

 

Les nouveaux emprunts du clan Sassou s'élévent déjà à un total de 829.000.000 $ ce qui met gravement en péril le pays. Sassou est un multirécidiviste. Il faut que l'électeur Congolais comprenne rapidement que compter sur Sassou pour gérer l'économie du Congo revenait à vouloir confier la présidence d'une multinationale de la pharmacie à un toxicomane récidiviste dont toutes les cures de désintoxication ont échouées.

En plus, ces différents emprunts ne servent même pas à développer le pays en s'attaquant aux dossiers prioritaires. (Directors encouraged the authorities to make further progress in public financial management, including by prioritizing expenditure—with appropriate emphasis on health and education.) L'équipe du FMI encourage le gouvernement à mettre en place des actions dans les domaines de la santé et de l'éducation. Pendant que des navigateurs européens naviguent pour une carotte à plusieurs milliers d'euros dans une épreuve dont le budget se compte en millions d'euros, les congolais continuent de mourir par manque de soin, de moyens et d'argent dans le mourroir qu'est devenu le CH('t)U de Brazzaville. Pendant que les restes de De Brazza et de sa famille reposent tranquillement dans un mausolée luxueux, les congolais continuent d'aller chercher de l'eau à des kilomètres de chez eux.

Le FMI ajoute qu'il est impératif de dégager des fonds pour le déploiement des infrastructures et qu'il faut absolument cesser les procédures exceptionnelles de dépenses sur le budget. Comprendre par là, qu'il faudra que le clan Sassou arrête de sortir des fonds du budget de l'Etat en le justifiant par un morceau de PQ, qu'il soit ou non signé par telle ou tel ministre.

Malheureusement, le FMI note toutes les choses que nous savons déjà mais se réjouit assez stupidement des facéties du gouvernement Sassou. Ainsi, ils considèrent comme suffisant un papier qui précise qu'il y a pas de situation de conflit d'intérêt pour les membres de la SNPC. Après toutes les révélations faites par les avocats des fonds vautours, le simulacre de procés du beach et l'affaire Mounzeo-Makosso, on ne peut que s'interroger sur la stupidité du FMI. En plus ils se contredisent, car une nouvelle fois encore, les administrateurs demandent une accélération dans la mise en place de réformes pour la transparence dans le secteur pétrolier. Allez comprendre !

Le paragraphe le plus exceptionnel du document concerne la collecte des statistiques. L'équipe du FMI considère qu'il est toujours très difficile d'obtenir de manière régulière des données fiables pour suivre la performance du Congo et en particulier il semble manquer beaucoup d'informations sur les financements extérieurs. Tu m'en diras tant. Ils se font simplement rouler dans la farine par le gouvernement Sassou. Cela dure depuis un bon moment. Mais tels des masochistes, les hauts fonctionnaires internationaux en redemandent.

C'est pourtant pas bien compliqué. Le clan Sassou détourne une partie de la rente financière pour l'accumuler sur des comptes dans les paradis fiscaux ou dans l'immobilier occidental. Le reste de la rente arrive sur le budget de l'etat pour être détourné afin de se bâtir un capital immobilier au pays. C'est de la croissance au sens du FMI. Mais c'est une croissanbce qui ne développe rien puisque ne met rien de pérenne en place à part des piscines pour les enfants du clan Sassou.

Et pour le reste, le peuple congolais peut crever avec la bénédiction de Sassou, Kolélas, Ntumi et tous les opposants alimentaires.

Electeurs Congolais, quand on vous proposera de l'argent pour voter pour le PCT, prenez-le** mais votez pour quelqu'un d'autre. 

*Les notes d'information au public (NIP) font partie des efforts déployés par le FMI pour promouvoir la transparence de ses vues et de son analyse de l'évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées, avec le consentement du ou des pays concernés, après examen par le Conseil d'administration des consultations au titre de l'article IV avec les pays membres, de la surveillance de l'évolution régionale, du suivi post-programme et des évaluations a posteriori des programmes appliqués par les pays membres nécessitant un engagement à plus long terme. Les NIP sont diffusées aussi après examen par le Conseil d'administration de questions de politique générale, sauf dans les cas particuliers où le Conseil en décide autrement.

** C'est un acompte sur ce que vous récupérerez plus tard quand vous aurez viré Sassou par les urnes (Non, il ne manque pas de lettre...)