27/06/2007

Conférence-Débat à Metz sur la corruption en Afrique

C'est le genre de conférences auxquelles il faut assister pour ne pas être obligé de dire dans un avenir (que j'espère proche): "bah, on ne savait pas". Ne comptez pas sur les médias nationaux pour vous informer sur ces questions. Ceux-ci préfèrent comptabiliser les morts au proche, au moyen orient ou au Darfour, quand l'honneur de la France ne risque pas d'être écornée. Quand il s'agit de prendre du recul sur la France ancienne puissance coloniale et pays néo-colonialiste, cela donne mal aux fesses à nos journalistes pire qu'une crise hémorroïdaire aiguë. 

INVITATION CONFERENCE DEBAT ORGANISEE PAR L'AICP

L'association Inter-Cultures Promotion (AICP) organise une conférence publique sur le thème :

« Biens mal acquis, dette, revenus pétroliers, fonds vautour, bonne gouvernance : Comment panser le Congo et l'Afrique aujourd'hui ? »

Qui se déroulera le jeudi 28 Juin 2007 à 20h00 à l'Université de METZ - Campus du Saulcy UFR Sciences Humaines et Arts (1er bâtiment à droite en rentrant sur le campus) à l’amphithéâtre Pascal.

Nous aurons pour invité et intervenant Brice MACKOSSO, activiste des Droits de l'Homme, prisonnier d'opinion au Congo Brazzaville, membre de la Commission Justice & Paix de l'Eglise Catholique et acteur dans l’ONG « Publish What You Pay » (Publiez ce que vous Payez) soutenue par la Banque Mondiale et les grandes Institutions Internationales.

L’association AICP et ses partenaires, l'Université de Metz, le Journal BA SANGO Les Nouvelles, le CCFD, l’association Survie Lorraine invitent un très large public à participer à cette conférence- débat.

Contact :
ASSOCIATION INTER-CULTURES PROMOTION
1 rue Rochambeau
BP 34135 57041 METZ Cedex 1
03.54.62.40.23
06.64.82 43.10 (permanence téléphonique)
Mail : aicpacem@yahoo.fr

16/12/2006

T'as pas fini de siphonner les réservoirs ?

medium_xavier-harel-pillage-huit-clos-afrique.jpgXavier Harel est passé 4 minutes sur iTélé suite à la sortie de son livre sur les scandales du pétrole africain. Je regrette vraiment que l'on accorde si peu de temps de temps dans une émission dédiée à l'Afrique alors que nos médias nationaux accordent 45 minutes à Denis Sassou-Nguesso qui est l'un des principaux protagonistes dans les scandales dénoncés par le journaliste. Je suis assez dépité par le journaliste d'iTélé (Joseph Andjou) qui par ses questions semble prendre partie pour ces régimes mafieux soutenus par Paris. En particulier la question "Vous l’avez écrit seul ou avec d’autres complicités ?" m'a plutôt interpellé après son premier demi-lapsus "je pense bien que tous ceux que vous jugez... vous citez dans votre livre". Mounzeo et Makosso qui dénoncent l'opacité de l'industrie pétrolière au Congo sont en jugement par un très bon montage du régime dont ils mettent sur la place publique les détournements des revenus pétroliers. Xavier Harel qui dénoncent lui aussi les pratiques douteuses est nécessairement, d'après le journaliste télé, un délinquant dont il s'agit d'identifier les éventuels complices.

Voici le texte de l'interview bien trop courte : 

  • Nous arrivons à nos questions à Xavier Harel qui a sorti chez Fayard : "Afrique Pillage à huit Clos Comment une poignée d’initiés siphonne le pétrole africain". Bonjour Xavier
  • Bonjour
  • Dans votre livre, vous tapez très fort sur les grandes puissances qui amusent la galerie, selon vous, avec la complicité des chefs d’Etats de ces pays producteurs de pétrole toute cela au détriment de leurs populations. Alors, Pensez-vous que votre livre peut changer quelque chose ?
  • C’est un livre qui peut effectivement changer un certain nombre de choses car il révèle d’une certaine façon l’envers du décor. Derrière les beaux discours, les choses sont malheureusement beaucoup moins claires. Depuis quelques années, il y a une certaine mobilisation de la communauté internationale en faveur de l’Afrique. On annule la dette, on augmente l’aide publique au développement, on crée même des taxes sur les billets d’avion pour financer un certain nombre de luttes contre des maladies. En revanche, dès qu’il s’agit de regarder ce que font leurs compagnies pétrolières, leurs banques dans ces pays, notamment en Afrique centrale, tout le monde détourne la tête de peur d’y découvrir la corruption absolument débridée qui s’y passe et notamment des centaines de millions de dollars qui y sont détournés. On est complètement dans un double discours. On ne peut pas à la fois faire la campagne pour une taxe sur les billets d’avion et puis soutenir un certain nombre de régimes qui détournent des centaines de millions de dollars de revenu pétrolier. Argent qui vient évidemment à manquer quand il s’agit de financer la santé, l’éducation ou des infrastructures. La raison pour laquelle l’industrie pétrolière génère une telle corruption, génère des détournements aussi importants, c’est évidemment la grande opacité qui entoure cette industrie. C'est-à-dire qu’on ne sait pas combien les compagnies pétrolières versent aux Etats. Ce qui permet toutes les tricheries possibles et inimaginables et tous les montages qui bien souvent passent par des Paradis fiscaux. Qui sont financés par des grandes compagnies bancaires comme BNP Paribas ou bien qui sont couverts par certaines compagnies pétrolières.
  • Alors Xavier dans votre livre, vous avez particulièrement la dent dure envers Denis Sassou-Nguesso, le Président du Congo Brazzaville. Vous l’accusez même de bénéficier du soutien de Monsieur Jacques Chirac, notre Président. Notamment dans le cadre de l’affaire Elf. Ce n’est pas assez dangereux pour vous ?
  • Ecoutez, quand on est journaliste et qu’on a de bonnes informations, il faut les donner. L’objectif de ce livre est de dénoncer le double discours des pays riches à l’égard de l’Afrique et le fait est qu’il y a un soutien incontestable de Jacques Chirac à Denis Sassou-Nguesso qui est le Président du Congo Brazzaville.
  • Il y a aussi la Guinée Equatoriale que vous épinglez, le Nigéria…
  • Il y a une sorte de malédiction de l’or noir, malédiction du pétrole, qui fait que tous les pays pétroliers enregistrent des performances économiques inférieures aux pays qui n’ont pas de ressources naturelles. C’est lié à cette industrie qui est à la fois très opaque et qui génère des revenus absolument colossaux mais qui ne crée pas d’emploi. Donc l’essentiel du débat politique se résume à une chose capter la rente pétrolière, capter une partie de la rente pétrolière.
  • Dans un souci de débat contradictoire, je pense bien que tous ceux que vous jug… citez dans votre livre n’approuvent pas forcément vos écrits.  Est-ce que vous pensez que des procès seront intentés contre vous ?
  • Alors, on m’a fait passer le passage que certaines compagnies m’attaqueraient en diffamation. Elles ne l’ont pas fait car tout ce qui est écrit dans ce livre est étayé par des documents. On ne s’attaque pas à des régimes ou à des multinationales sans preuve. Ce serait évidemment une folie. Mais jusqu’ici personne ne m’a attaqué en diffamation. Le livre est parfaitement étayé. C’est évidemment sur la base de documents incontestables que j’affirme…  
  • Vos sources sont tout à fait fiables ?...
  • Fiables, sûres !
  • Vous l’avez écrit seul ou avec d’autres complicités ?
  • J’ai écrit seul ce livre.

07/11/2006

Sassou sur TV5 - Europe 1 (6)

Episode 6: L'argent des ressources naturelles 

Journaliste: Votre pays a des forêts, du bois, des ressources, il est le cinquième producteur de pétrole, euh, du monde [Il faudra que le journaliste revoit la liste des principaux producteurs de pétrole. Le Congo est le cinquième producteur en Afrique sub-saharienne derrière le Nigéria, l'Angola, le Gabon et la Guinée Equatoriale. Il n'est pas le cinquième producteur du monde. Par contre le Congo est le champion du monde de l'endettement par tête de pipe] Pourquoi les Congolais voient-ils si peu le retour des profits, euh, des revenus du pétrole ?

DSN: Bon, euh, c'est ce que quelques détracteurs disent.

Journaliste: Mais quand on dit ça, on est forcément détracteur ?

[une petite surchauffe verbale des différentes personnes du plateau se produit - Le pétrole ça échauffe un peu les esprits...]

DSN: S'il vous plait ! S'il vous plait ! On peut être objectif, on peut être objectif.

Journaliste: Où passe l'argent des ressources... ?

medium_argent-petrole-sassou.jpgDSN: [Qui crie plus fort que les autres] On peut être objectif pour reconnaître que après un désastre comme celui qu'a connu notre pays. Guerres civiles, destruction, destructions massive, euh, c'est en neuf ans que, euh, avec les moyens propres, parce que nous n'avons pas encore, sauf, euh, euh, quelques actions de remises de dette, nous n'avons pas encore reçu, euh, l'appui extérieur pour la reconstruction de notre pays. Euh, c'est avec des moyens propres que nous avons, euh, essayé de ressortir notre pays du désastre et de reconstruire des infrastructures, de remettre l'école en marche.

Journaliste: Vous reconnaissez vous même, qu'il y a des retards pour la santé, pour l'eau, l'electricité, l'éducation ?

DSN: C'est sûr qu'il y a des retards mais on serait injuste de ne pas reconnaître que aujourd'hui, euh, notre pays est placé un peu [... hum, on va dire un tout petit peu pour lui faire plaisir...] sur le chemin du progrès après neuf ans, euh, d'efforts à partir de nos propres ressources.

Journaliste: Mais par exemple, Président Sassou-Nguesso, excusez-moi. Demain s'ouvre à Oslo la conférence qui a été voulu il y a cinq ans par Tony Blair sur la transparence des ressources et des profits provenants des compagnies pétrolières, gazières et minières. Est-ce que vous y êtes favorable ?

DSN: Euh, nous avons adhéré à l'initiative, euh, sur, euh, euh,  les Industries Extractives. Le Congo a adhéré à cette initiative et nous, euh, sommes prêts à ouvrir, euh,  tous nos livres, du reste dans le cadre de l'accord que nous avons avec le FMI et la Banque Mondiale, euh, nous ouvrons, euh,  nos livres aux auditeurs que la Banque Mondiale envoie au Congo. Donc, nous n'avons pas ...  [couic, encore coupé... J'ai bien envie de finir la phrase pour lui: Donc nous n'avons pas fait grand chose... Ce qui serait la première parole intelligente dite lors de cette intervention radio-télévisuelle]

A suivre... Episode 7: Sassou, la politique et les opposants (le jeudi 9 novembre)