03/04/2007

Quand le vent marin sent la merde !

Cette note fait l'objet d'un lien sur Global Voice: Vous Reprendrez Bien Un Peu d’Humanisme is upset that veteran sailor Florence Arthaud has accepted the Sassou-Nguesso government’s offer to participate in a sailing event there in less than 2 weeks for an event that is designed to boost local tourism. Says the blogger: "Are French sailors naive? Does Florence Arthaud lack critical thinking skills to the point of being had by any old crook?… This decision is a bad one because it cautions a violent dictatorial regime."

Jusqu'à présent, quand je pensais à la voile, c'était un bol d'air frais qui m'arrivait dans les narines. Malheureusement, l'air marin prend de nouveau cette année une odeur nauséabonde qui n'a rien à voir, pour une fois, avec la propension de l'être humain à polluer son environnement. On ne parle pas ici d'une pollution par les produits toxiques comme à Abidjan ou d'une marée noire dont les compagnies pétrolières ne sont jamais responsables. Il s'agit dans notre cas d'une pollution des esprits par des champions de l'intoxication que sont certaines sociétés d'incentive sans foi, ni loi.


Les skippers et skippeuses français sont-ils des grands naïfs?

Florence Arthaud manque-t-elle d'esprit critique à ce point qu'elle pourrait se faire arnaquer par le moindre petit escroc?

L'air marin a-t-il un effet négatif sur le maintien de la bonne santé des neurones?

C'est une partie des questions que l'on se pose quand on voit ce qui va avoir lieu dans moins de 2 semaines. Après la première route de l'équateur en 2005, remportée sans péril et sans gloire par Sébastien Josse. Voici cette année, la seconde édition. Philippe Monnet, le délinquant routier multirécidiviste est de retour après avoir amené à la dernière place le bateau aux couleurs du programme politique du Président Denis Sassou-Nguesso lors de la précédente épreuve ("la nouvelle espérance" qui est dans la bouche du Président de servir les intérêts de la France dont il est l'un des gouverneurs). Place considérée comme non usurpée, l'avis est unanime à ce propos. Le programme en question ne mérite pas mieux. Sauf à trouver une place qui soit même au-delà de la dernière.

La machine à convaincre de l'équipe de Sail Incentive a de nouveau fonctionné à plein régime (et pas de banane). C'est une ancienne pointure de la mer qui est sur le plateau de cette année: Florence Arthaud. On peut imaginer un dialogue qui a conduit à une telle décision de la part de la navigatrice:

  • Florence A.: C'est quoi cette course ?
  • Sail Incentive: Une grande course qui va être bientôt connue.
  • Florence: Mais on n'en parle pas du tout dans les médias.
  • Sail Incentive: Si, regarde ces communiqués et ces news.
  • Florence A.: Mais, c'est toujours le même communiqué écrit par votre équipe.
  • Sail Incentive: On a les moyens de convaincre (L'interlocuteur montre une liasse de dollars qui sentent fortement le pétrole)
  • Florence A.: C'est bien comme pays le Congo ?
  • Sail Incentive: Les dirigeants sont supers... Il veulent développer le tourisme dans leur pays (L'interlocuteur esquisse un sourire ironique). Ils font tout pour (l'interlocuteur est plié de rire).
  • Florence: Ah bon, vous êtes sûrs ? Je ne suis vraiment pas convaincue.
  • Sail Incentive: Bon, tu veux combien, Florence ? Tu veux une autre coupe de champagne ? C'est la boisson préférée du Président Congolais, il ne boit plus que ça (l'interlocuteur se dit intérieurement: c'est vrai qu'il ne vaut mieux pas boire l'eau là bas...)


C'est un dialogue tout droit sorti de mon imagination. Mais, est-il si loin de la réalité ?

Florence Arthaud a-t-elle été convaincue par un critère de développement tout à fait mensonger ou, de manière plus terre à terre, par une enveloppe bien rebondie (la retraite ça nécessite de l'épargne...) ?

Quelqu'en soit la raison, cette décision est une mauvaise décision puisqu'elle entache le palmarès de cette navigatrice par la caution qu'elle donne à un régime dictatorial sanguinaire et particulièrement ignoble pour le peuple congolais. Alors Madame Arthaud, même si votre décision s'est faite dans un moment d'égarement, je suppose que vous savez lire. Vous partez pour trois semaines de croisière. Je dis bien croisière, l'aspect sportif de ce parcours est, comme l'aspect humanitaire, un sympathique morceau de pipeau.

Je me permets de vous suggèrer une petite liste de livres à apporter lors de votre promenade qui vous ferons comprendre que l'on peut parfois prendre des décisions mal réfléchies (non, non, ne me remerciez pas, c'est tout naturel. Je suis pour le réveil des esprits): 

  • Xavier Harel "Afrique Pillage à Huit Clos - Comment une poignée d'initiés siphonne le pétrole africain". Pour mieux comprendre qui se cache derrière les dirigeants du Congo que vous cautionnez en participant à cette course.
  • Vincent Hugeux "Les sorciers blancs - Enquête sur les faux amis français de l'Afrique". Pour bien comprendre ce qui anime des sociétés comme Sail Incentive. Aucune éthique, l'argent, l'argent et l'argent. Qui sont de ce fait des complices de la spoliation des peuples d'Afrique par des dirigeants corrompus aux services d'intérêts occidentaux.
  • François-Xavier Verschave "L'homme qui voulait soulever des montagnes". Pour comprendre que tout n'est pas perdu et que certains ont plus de sens critique que d'autres. Ce qui leur permet de lutter contre les 2 premiers types d'individus.

A la fin de ces trois livres, vous vous poserez certainement la question: dans quel groupe d'individus doit-on me ranger?

En complément de ces livres, je vous propose également d'emmener avec vous une sortie papier des images qui suivent.

Les villas que se construisent les membres du clan du Président Congolais (Faites donc une visite sur le site: Biens mal acquis).

 

Pour vous qui êtes une femme: une salle d'une maternité Congolaise où ne vont pas les femmes de la famille du Président. Elles vont toutes accoucher ou se faire soigner en Europe. Pour toutes les autres femmes congolaises, c'est la roulette russe dans ces maternités d'un autre age.

 

Et enfin, quand viendra l'heure de la remise du trophée final, pensez à ce classement de la qualité de vie paru récemment: sur 215 villes notées, Pointe-Noire arrive 211ème et Brazzaville 214ème (Merci à Bagdad de prendre la dernière place...). Cette année l'air marin est nauséabond. Mais ce n'est rien en comparaison des effluves de Brazzaville et de Pointe-Noire où le choléra sévi. C'est compliqué l'hygiène en l'absence d'eau courante. Surtout quand cela est aggravé par l'arrêt des pompes au moment des nombreux délestages d'énergie.

Votre petite balade d'européenne privilégiée risque d'avoir un goût plutôt amer pour les congolais qui vivent dans ces conditions. Ne vous laissez pas tromper, comme votre collègue de Broc, par les centaines de congolais qui viendront vous accueillir à votre arrivée à Pointe-Noire avec leurs grands sourires, les tee-shirt à votre effigie et les bravos. Au point où ils en sont, ils sont pour la plupart près à tout pour 1000 FCFA (1,5 €), boire une bière et avoir un vêtement neuf. Même à faire des courbettes à une championne inconnue d'un sport dont ils n'ont rien à cirer en ayant votre trombine en imprimé sur la poitrine.

Pour finir sur une note plus gaie: le seul avantage de cette course qui sent mauvais, c'est que Philippe Monnet en mer, il n'est pas au volant d'une voiture avec 3g d'alcool dans le sang sur nos routes ou le Paris-Dakar.

30/09/2006

Un âne à deux pieds peut devenir général et rester âne.

"Un âne à deux pieds peut devenir général et rester âne" écrivait la Comtesse de Ségur dans "le général Dourakine" (On peut télécharger ce livre via le projet Gutenberg). Cette citation est d'autant plus valable quand le titre de général s'obtient par seul mérite de faire partie de la bonne ethnie. S'il faut donner un exemple où le titre de général ne détermine pas une franche compétence en quoi que ce soit, nous pouvons citer un pays cher à mon coeur: la République du Congo ou Congo-Brazzaville.

Les généraux y sont dans leur grande majorité originaires de la partie Septentrionale du pays d'où vient également le Général Président ex-Camarade mais surtout homme d'affaires Denis Sassou-Nguesso. Certains étant même de la famille génétique de l'instituteur milliardaire d'Oyo.

On pense immédiatement à la citation de la Comtesse quand on voit l'affaire du mausolée "De Brazza". Pourtant ce mausolée est tout à fait logique et ne montre pas Sassou Nguesso comme un âne mais plutôt un mulet. Un mulet toujours prêt à porter les bagages de ses patrons français.

Le remerciement du Président Congolais à son ami Chirac et à De Brazza

Le geste de Sassou, contrairement à ce qu'avance les dépêches de l'AFP, est le geste d'un homme et non celui d'un peuple. C'est le remerciement à un ami franc-maçon, Jacques Chirac qui l'a remis en selle malgré son éviction par le peuple congolais lors de la CNS (Conférence Nationale Souveraine). 

Le mausolée de Mfoa délivre plusieurs messages aux Africains de la part du Président Congolais et Président de L'Union Africaine. Le premier est d'imprimer dans l'esprit des masses que l'histoire de l'Afrique Centrale ne débute qu'au moment où Stanley et De Brazza se sont tapés la bourre sur les rives du fleuve Congo, l'un pour les futures colonies belges, l'autre pour les futures colonies françaises. Pour Sassou, l'histoire de son pays débute quand les européens ont gommé de leurs cartes le terme "Terra Incognita" qui couvrait une grande partie de l'Afrique Centrale jusqu'au début du XIXème siècle.  

Le second est une éminente démonstration que le Président de l'Union Africaine n'est qu'un vassal des puissances occidentales. En effet, en France c'est la traque aux sans papiers. Ces africains chassés par la misère engendrée par l'incompétence et le manque de déontologie de leurs dirigeants ainsi que l'attitude anti-démocratique autour du soutien des dictateurs par les dirigeants occidentaux ou les institutions internationales. Il ne se passe pas un mois sans que des africains soient victimes d'agression en Belgique, en Russie, en France ou ailleurs... Les squats sont vidés de leurs habitants, les incendies des hotels de la misère allongent la liste des victimes. Pourtant, je ne crois pas avoir vu une seule réaction de la part de Sassou Nguesso sur ces scandales du XXIème siècle.  

Non, lui, ce qui l'intéresse c'est de construire un énorme bâtiment avec l'argent qu'il ne met pas dans les hôpitaux de son pays ou dans le système éducatif. Tout cela pour honorer celui qui est à l'origine du massacre de nombreux Congolais par les entreprises concessionnaires coloniales afin de remercier ses soutiens français. Tout cela ne se limite pas aux frontières de l'actuelle République du Congo, jusqu'où est-on allé pour soutirer la main d'oeuvre qui est venu mourir sur l'équateur lors de la construction du Chemin de Fer "Congo Océan" ? Le Gabon, le Tchad, la Centrafrique, le Cameroun sont concernés.

Le Président de l'Union Africaine montre une nouvelle fois que le seul objectif qu'il poursuit est à l'opposé de celui que les peuples d'Afrique souhaitent. Combien de personnes bien vivantes pouvait-on loger dans un tel bâtiment ? Avec l'argent de la construction, combien de vie pouvait-on sauver dans les hôpitaux du pays ? Combien de classes de cours pouvait-on équiper ?